‹ Histoire de l'Amérique (volume 4)Chapitre 77 sur 174 · LIVRE SECOND. J l · texte numérisé non relu

LIVRE SECOND. J l

endroits si abondantes que la marche des vaisseaux ^92 en était retardée. Les inquiétudes et les alarmes se réveillèrent de nouveau. Les matelots imaginèrent qu'ils étaient arrivés aux dernières bornes de l'océan navigable , que ces herbes épaisses allaient les empêcher de pénétrer plus avant, qu'elles cachaient des écueils dangereux ou une grande étendue de terres qui avaient été submergées sans qu'ils pussent en expliquer le motif. Colomb s'efforça de leur persuader que l'objet qui les effrayait devait plutôt les encourager, comme étant le signe du voisinage de quelque terre. En même temps un vent frais les dégagea de ces herbes. On vit plusieurs oiseaux voltiger autour du vaisseau r, et diriger leur vol vers l'ouest. La troupe abattue reprit courage et conçut quelque espérance.

Le premier octobre 7 l'amiral se trouva, selon son Ces craintes estime, à sept cent soixante-dix lieues 2 à l'ouest des tent Canaries; mais, de peur que ses compagnons ne fussent effrayés de la prodigieuse étendue du chemin qu'ils avaient déjà parcouru, il leur annonça qu'il n'y avait que cinq cent quatre-vingt-quatre lieues de faites , et , heureusement pour Colomb , son

. (i) Voyez la note 17.

(2) Muiïoz dit qu'ils étaient le ier octobre seulement à 707 lieues à l'ouest de l'île de Fer; et la Relation du premier voyage de Colomb, qui fait partie de la Collection des navigateurs espagnols de M. de Navarrete, confirme l'assertion de Muîioz, et ajoute que Chr. Colomb n'en comptait que 578 à son équipage. (D.L. R.)

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4 '192 propre pilote et ceux des autres vaisseaux n'étaient pas assez instruits pour reconnaître qu'on les trompait. Ils étaient depuis trois semaines en mer , touj ours avançant sur la même direction sans voir aucune terre , et ils avaient fait beaucoup plus que tous les navigateurs avant eux n'avaient tenté ou même jugé possible. Leurs pronostics de découvertes , tirés du vol des oiseaux et d'autres circonstances , les avaient abusés. Les espérances de trouver la terre, dont l'artifice de leur commandant les avait amusés , ou que leur propre crédulité leur inspirait, s'étaient dissipées et semblaient s'éloigner plus que jamais : ces réflexions se présentaient souvent à des hommes qui n'avaient d'autre objet d'occupation ni d'autre matière de discours et de raisonnement que le but et les circonstances de leur expédition. Elles firent à la fin une forte impression, d'abord sur les plus timides ; et , passant par degrés aux plus instruits et aux plus résolus , la terreur se répandit dans les trois vaisseaux. Des murmures sourds on en vint bientôt à des plaintes ouvertes et à une cabale déclarée. Ils s'élevèrent contre la crédulité' inconsidérée de leurs souverains, qui avaient eu assez de confiance aux vaines promesses et aux conjectures hasardées d'un misérable étranger, pour risquer la vie d'un grand nombre de leurs sujets à la poursuite d'un plan chirnérique. Ils protestaient qu'ils avaient pleinement satisfait a leur devoir en s' avançant si loin dans une

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