‹ Histoire de l'Amérique (volume 4)Chapitre 78 sur 174 · LIVRE SECOIVD. I I · texte numérisé non relu

LIVRE SECOIVD. I I

route dont le terme était inconnu , et qu'on ne pou- 4 U92 vait les blâmer s'ils refusaient de suivre plus longtemps un aventurier qui les menait tête baissée à une perte certaine ; qu'il était nécessaire de penser au retour pendant que leurs mécliants vaisseaux étaient encore en état de tenir la mer; en même temps ils annonçaient la crainte où ils étaient que ce retour ne fût désormais fermé, le vent qui avait été jusqu'alors favorable à leur route pouvant rendre impossible une navigation dans une direction opposée. Tous convenaient qu'il fallait contraindre Colomb de prendre un parti auquel tenait le salut commun. Quelques-uns des plus audacieux proposèrent , comme un moyen de se débarrasser de ses remontrances, de le jeter à la mer, persuadés qu'à leur retour en Espagne la mort d'un aventurier qui avait échoué dans son projet n'exciterait ni intérêt ni curiosité.

Colomb sentit parfaitement tout le danger de sa Adresse de situation. Il avait remarqué avec douleur les funestes c.°ln°™. ^ & effets de l'ignorance et de la crainte dans le mécontentement de sa troupe , et il voyait une révolte près d'éclater. Il conserva cependant toute sa présence d'esprit, et feignit d'ignorer leurs complots. Malgré l'agitation et l'inquiétude de son ame , il montra toujours un visage gai, et affecta la satisfaction d'un homme content des succès qu'il a déjà eus et qui en attend de plus grands encore. Quelquefois il em-

ï l(] HISTOIRE DE l' AMÉRIQUE.

1492 ployait l'adresse et les insinuations pour adoucir les esprits. D'autres fois il les attaquait par l'ambition ou l'avarice, en leur présentant de magnifiques peintures de la renommée et des richesses qu'ils allaient acquérir. En d'autres moments il prenait le ton de l'autorité et les menaçait de l'indignation de leurs souverains, si par leur lâche conduite ils faisaient avorter une entreprise si noble , dont le but était d'étendre la gloire de Dieu et d'élever le nom espagnol au-dessus de toutes les nations de la terre. Ces gens grossiers , au milieu même de leurs emportements séditieux, étaient contenus puissamment parles paroles d'un homme qu'ils étaient accoutumés à respecter. Non-seulement il réprima ainsi les excès auxquels ils étaient près de se porter, mais il leur persuada de s'abandonner encore quelque temps a sa conduite.

Nouvelles ^ mesure qu'ils avançaient , les apparences du

alarmes. . . , , n . .

voisinage de la terre semblaient plus certaines et rendaient l'espérance plus vive. Des oiseaux commençaient à paraître en troupe, volant au sud-ouest. Colomb , suivant encore en cela l'exemple des navigateurs portugais , que le vol des oiseaux avait guidés dans leurs découvertes , changea sa direction et porta au sud-ouest. Mais , après avoir tenu plusieurs jours cette nouvelle route sans succès, et ne voyant depuis un mois entier que le ciel et l'eau , les matelots perdirent tout- à -fait l'espérance. La

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