‹ Histoire de l'Amérique (volume 4)Chapitre 79 sur 174 · LIVRE SECOND. I I · texte numérisé non relu

LIVRE SECOND. I I

crainte se réveilla avec plus de force; l'impatience, umjs la rage , le désespoir éclatèrent sur tous les visages. Toute subordination fut perdue. Les officiers j qui Danger d'une avaient jusque 1% partagé la confiance de Colomb revolledans le succès de l'entreprise et avaient soutenu son autorité , se rangèrent du coté de l'équipage. On s'assemble tumultueusement sur le pont; on adresse des plaintes et des menaces à l'amiral ; on exige qu'il reprenne sur-le-champ la route d'Europe. Colomb vit bien qu'il serait inutile d'essayer encore et les insinuations et les raisons , qui n'auraient point d'effet après avoir été employées si souvent, et qu'il était impossible de ramener par le motif de la gloire des hommes en qui la crainte avait éteint tout sentiment généreux. Il sentit que ni la douceur ni la sévérité situation critine pouvaient plus apaiser une révolte devenue si flue ou se Jrou"

, , , • ve Colomb.

violente et si générale. Il se vit donc forcé de composer avec des passions auxquelles il ne pouvait plus commander, et de laisser un libre cours à un torrent trop impétueux pour être arrêté par aucune digue. Il promit solennellement à ses gens de se conformer à ce qu'ils exigeaient de lui, pourvu qu'ils continuassent de le suivre et de lui obéir encore trois jours, les assurant que , si dans cet intervalle on ne voyait point la terre , il abandonnerait son entreprise pour retourner en Espagne l .

Quelque animés que fussent les gens de Colomb Apparences

flatteuses du (i) Oviedo , Hist. apud Ramusium, vol. III, p. 8 r. E. .lir -.

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4492 et quelque impatience qu'ils eussent de reprendre leur route vers l'Europe , ces propositions ne leur parurent pas déraisonnables. Mais Colomb lui-même ne hasardait guère en se bornant à»un terme si court. Les signes les moins équivoques et les plus multipliés annonçaient la terre. Depuis quelques jours la ligne prenait fond, et rapportait des matières qui donnaient la même indication. Les troupes d'oiseaux étaient en plus grand nombre , et composées nonseulement d'oiseaux de mer, mais encore d'espèces qui ne peuvent pas s'écarter beaucoup de terre. L'équipage de la Pinta aperçut un roseau flottant qui semblait fraîchement coupé ? et une pièce de bois travaillée de main d'homme. Les gens de la Nigna péchèrent une branche d'arbre flottante avec des baies rouges parfaitement fraîches. Les nuages autour du soleil prenaient un aspect différent. L'air était plus doux et plus chaud, et durant la nuit le vent devenait inégal et variable. Colomb fut si persuadé par tous ces symptômes qu'il était près de terre, que le soir du onzième jour d'octobre , après une prière générale pour obtenir de Dieu un heureux succès , il fît carguer toutes les voiles , tenir les trois vaisseaux en panne, et veiller toute la nuit, de peur d'être jeté à la cote. Dans ce moment de crise et d'attente , personne ne ferma les yeux. Tous restèrent sur le pont, le regard attache sur le coté où l'on espérait découvrir celle terne désirée depuis si long-temps.

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