LIVRE SECOND
solennellement possession du pays pour la couronne 4 fl 92 de Castille et de Léon , avec toutes les formalités que les Portugais avaient coutume d'observer dans leurs découvertes ' .
Pendant toutes ces cérémonies, les Espagnols Lemétonne-
étaient environnés d'un grand nombre de naturels ment recJPr°-
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du pays ? qui regardaient en silence et avec admiration des actions auxquelles ils ne comprenaient rien, et dont ils ne prévoyaient pas les suites. L'habillement des Espagnols, la blancheur de leur peau, leur barbe, leurs armes, tout les étonnait. Ces grandes machines sur lesquelles ces étrangers venaient de traverser l'Océan, qui semblaient se mouvoir sur les eaux avec des ailes, et qui portaient au loin un bruit terrible semblable à celui du tonnerre et accompagné d'éclairs et de fumée, les frappèrent d'une telle terreur qu'ils commencèrent à respecter leurs nouveaux hôtes comme des êtres d'un ordre supérieur, et comme des enfants du soleil descendus pour visiter la terre.
Les Européens n'étaient guère moins étonnés des objets qu'ils avaient sous les yeux. L'herbe, les arbustes , les arbres étaient différents de ceux d'Europe. Le sol paraissait de bonne qualité, mais ne présentait presque aucune marque de culture. Le climat semblait chaud aux Espagnols eux-mêmes , quoique
(i) Vie de Colomb, cfiaj}. 22 , 2 3. Herrera , Decad. I , lib. 1, cap. i3.
4*192 extrêmement agréable. Les habitants étaient dans toute la simplicité de la nature, entièrement nus; leurs cheveux noirs, longs et droits flottaient sur leurs épaules , ou étaient attachés en tresses autour de leur tête. Ils n'avaient point de barbe , et tout le reste de leur corps était absolument sans poil. Leur teint était de couleur de cuivre foncé ; leurs traits singuliers plutôt que désagréables ; leur physionomie douce et timide. Sans être grands, leur taille était bien proportionnée, et ils paraissaient actifs. Leurs visages et d'autres parties de leurs corps étaient bizarrement peints de couleurs éclatantes. La crainte les tint d'abord dans la réserve , mais bientôt ils se familiarisèrent avec les Espagnols , et reçurent d'eux, avec des transports de joie, des grelots, des grains de verre et d'autres bagatelles, pour lesquelles ils donnèrent en échange quelques provisions et du fil de coton, la seule marchandise de quelque valeur qu'ils pussent fournir. Vers le soir, Colomb retourna à ses vaisseaux, accompagné par un grand nombre d'insulaires dans leurs bateaux qu'ils appelaient canots, faits d'un seul tronc d'arbre , mais qu'ils maniaient avec une adresse surprenante. Ainsi, dans cette première entrevue des habitants du nouveau monde avec ceux de l'ancien , tout se passa en témoignages d'amitié et à la satisfaction des uns et des autres : ceux-ci, éclairés et ambitieux, se formant déjà degrandes idées des avantages qu'ils pouvaient retirer
de ces nouvelles régions; les premiers, simples et 4 ^92 sans défiance, ne prévoyant pas les calamités et la désolation qui s'approchaient de leur contrée.
Colomb, qui prit dès lors les titres et l'autorité Colomb prend d'amiral et de vice-roi , appela l'île qu'il venait de e? y**8, a.~
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découvrir San-Salvador. Elle est plus connue sous ce-roi. le nom de Guanahani que les naturels lui donnaient. C'est l'une des îles Lucayes ou de Bahcuna. Elle est située à plus de trois mille milles à l'ouest de Gomera, d'où la petite escadre avait pris son point de départ, et seulement de quStre degrés plus méridionale ; ce qui prouve combien peu Colomb s'était écarté de la route à l'ouest qu'il avait voulu suivre, comme la plus propre h le conduire au but qu'il se proposait '.
L'amiral employa le jour suivant a faire le tour de il s'avance l'île. La pauvreté des habitants lui fit juger que ce vers lesudn'était pas là le pays riche qu'il cherchait. Mais, touj ours d'après la théorie qu'il avait conçue sur la situation des régions les plus orientales de l'Asie, il conclut que San-Salvador était une des îles que les géographes décrivaient comme situées dans le vaste océan qui baigne les cotes de l'Inde2. Ayant observé
(r) Les géographes et les savants ne sont pas d'accord sur la situation de Guanahani que Colomb appela San-Salvador. Suivant l'opinion générale, Guanahani est l'une des Lucayes, nommée aujourd'hui San-Salvador grande, et par les Anglais Cat-Island{ île du chat). Mufïoz pense que c'est l'île Watelin et M. de Navarre te, l'une des îles turques, appelée la grande Saline par les Français , et el gran Turco par les Espagnols,
(2) Pet. Mari. Epist i35.
1J>4 HISTOIRE DE l' AMERIQUE.
1^92 que la plupart de ces insulaires portaient de petites plaques d'or comme ornement à leurs narines , il s'enquit soigneusement du lieu d'où ils tiraient ce précieux métal. Ils lui montrèrent le sud , et lui firent comprendre par signes que l'or abondait dans les pays situés dans cette direction \ Il se détermina donc à y diriger sa route , ne doutant pas qu'il ne trouvât ces opulentes régions qui étaient le but de son •voyage, et qui pouvaient le dédommager des peines qu'il avait souffertes et des dangers qu'il avait courus- Il prit avec lui sept' des naturels de San-Salvador, pour lui servir de guides et d'interprètes lorsqu'ils auraient appris un peu d'espagnol , et ces hommes simples regardèrent comme une distinction le choix qu'il fit d'eux pour l'accompagner.
H découvre II découvrit différentes îles , et prit terre à trois des plus considérables, auxquelles il donna les noms de Sainte-Marie de la Conception* , de Ferdinand0 et ai Isabelle. Mais, comme le sol, les pro-
(r) Mufïoz ajoute que les insulaires, en montrant le nord-ouest, an noneaient qu'il en venait des hommes guerriers et féroces contre les attaques desquels ils avaient à se défendre, et ils montraient en même temps le s cicatrices des blessures qu'ils en avaient reçus dans les combats. (D.L.R.)
(2) M. de Navarrete pense que c'est l'île appelée aujourd'hui la Calque du nord. (D. L. R.)
(3) Munoz pense que c'est la même qui porte le nom A' Ile du chat sur les cartes modernes , et il assure que les naturels appelaient Samoeto relie d'Isabelle. M. de Navarrete croit que l'île nommée par Colomb , Fernandina, est la petite Inague; quant à Isabelle, il partage l'opinion de Mimoz. (I). L. R.)
Cuba