‹ Histoire de l'Amérique (volume 4)Chapitre 82 sur 174 · LIVRE SECOND · texte numérisé non relu

LIVRE SECOND

ductions , les habitants y étaient les mêmes qu'à 4^92 San - Salvador , il ne s'arrêta dans aucune. Il s'informait partout d'où venait l'or, et recevait partout la même réponse , qu'il était apporté du sud. En suivant la même direction, il découvrit bientôt après une contrée d'une grande étendue, non plate comme les îles qu'il avait déjà visitées, mais d'un terrain* inégal , semé de collines et de montagnes , de rivières , de bois et de plaines ; de sorte qu'il douta si c'était une île ou un continent. Les habitants de San-Salvador qu'il avait pris sur son bord donnèrent à cette contrée le nom de Cuba. Colomb l'appela Juanna. Il entra dans l'embouchure d'une grande rivière avec sa petite escadre, et tous les habitants s'enfuirent dans les montagnes à son approche. Comme il avait résolu de caréner ses vaisseaux en cet endroit, il envoya quelques Espagnols avec un des insulaires de San - Salvador , pour reconnaître l'intérieur du pays. Ces gens , s'étant avancés à environ soixante milles du rivage , lui rapportèrent que le sol était meilleur et mieux cultivé que dans les îles qu'on venait de découvrir; qu'outre beaucoup de huttes éparses , ils avaient trouvé un village contenant plus d'un millier d'habitants ; que les naturels , quoique nus , leur paraissaient avoir plus d'intelligence que ceux de San-Salvador; qu'ils en avaient été reçus avec le même respect; qu'on leur avait baisé les pieds et qu'on les avait honorés comme

i'+92 des êtres descendus du ciel; qu'on leur avait fait manger d'une certaine racine dont le goût ressem • blait à celui de la châtaigne rôtie , et une espèce particulière de blé appelé maïs l , qui paraissait pouvoir fournir une très bonne nourriture , soit rôtie , soit en farine ; qu'ils n'avaient vu dans le pays d'autre quadrupède qu'une espèce de chien qui ne pouvait pas aboyer, et un animal ressemblant à un lapin, mais beaucoup plus petit ; enfin qu'ils avaient observé parmi ces peuples quelques ornements en or, mais de peu de valeur 2.

Ses conjectu- Ces députés avaient déterminé quelques-uns des res a cet égard. natLirels du pays à les suivre. Ceux-ci cherchèrent à faire comprendre a Colomb que l'or qui leur servait de parure se trouvait à Cubanacan. Ils entendaient par-là l'intérieur de Cuba. Mais l'amiral , ignorant leur langage , sans habitude de leur prononciation , et d'ailleurs toujours conduit dans ses conjectures par son système de découverte et son opinion sur la situation des Indes , supposa que ces gens lui parlaient du grand khan, et imagina que le royaume opulent de Cathay, décrit par Marco-Polo, n'était pas fort éloigné. Il résolut en conséquence d'employer quelque temps à visiter le pays. Il parcourut tous les havres depuis le Port-du-Prince 5 , au nord

(x) Voyez la note 18.

(2) Vie de Colomb, cap. 24, 28. Mènera, Decad. I, lib. 1, cap. 14.

(3) M. de Navarrele L'appelle le port de las nucvitas del principe. ( D. L. R. )

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