LIVRE SECOND
de Cuba , jusqu'à l'extrémité orientale de l'île ; mais, \ ^92 quoique ravi de la beauté des aspects qu'il rencontrait à chaque pas et de la fertilité prodigieuse du sol , circonstances qui , par leur nouveauté , frappaient vivement son imagination ' , il n'y trouva pas l'or en assez grande quantité pour satisfaire l'avidité de ses compagnons et remplir l'attente des souverains qui l'employaient. Les naturels , aussi étonnés de l'empressement extrême que les Européens mettaient à la recherche de ce métal que ceux-ci l'étaient de l'ignorance et de la simplicité des insulaires 9 indiquèrent à l'est une île qu'ils appelaient Haïti , en faisant entendre que l'or y était plus abondant que chez eux. Colomb se disposa à faire voile vers cet enoxoit avec son escadre ; mais Martin Alonzo Pinson , voulant prendre le premier possession des trésors que cette contrée promettait, quitta les deux autres vaisseaux , sans tenir compte des signaux que lui fit l'amiral pour lui ordonner de diminuer de voiles jusqu'à ce que ses vaisseaux l'eussent joint.
Colomb ? retardé par des vents contraires, ne put il découvre pas gagner Haïti avant le 6 décembre. Il donna au Espa"
100 gnole.
premier port où il aborda le nom de Saint-Nicolas, et à l'île même celui & Espagnola , en l'honneur de la nation qu'il servait : c'est la seule contrée , parmi celles qu'il a découvertes , qui ait conservé
(1) Voyez la note 19.
^92 le nom qu'il lui avait donne \ Gomme il ne put ni rejoindre laPinta ; ni établir aucun commerce avec les habitants , qui s'étaient enfuis dans les bois en montrant une grande frayeur , il quitta sur-le-champ Saint-Nicolas, et, suivant le coté du nord de l'île, il entra dans un havre qu'il appela la Conception. Là il fut plus heureux. Ses gens se saisirent d'une femme qui s'enfuyait: après l'avoir traitée avec beaucoup de douceur , Colomb la renvoya avec quelquesunes des bagatelles dont il s'était aperçu déjà qu'on faisait beaucoup de cas dans ce pays. Le compte que cette femme rendit à ses compatriotes de l'humanité de ces étrangers et de tout ce qu'ils avaient d'extraordinaire , l'admiration qu'excitèrent en eux les petits présents qu'elle avait rapportés et qu'elle leur montrait avec transport, le désir d'en obtenir de pareils , toutes ces circonstances dissipèrent leurs craintes, et déterminèrent plusieurs d'entre eux à venir jusqu'au havre. Les objets nouveaux qui frappèrent leurs regards et les petits présents qu'on leur fît , satisfirent amplement leur curiosité et leurs désirs. Ces peuples ressemblaient beaucoup à ceux de Guanahani et de Cuba. Même nudité , même ignorance , même simplicité. Ils paraissaient également privés des arts qu'on regarde comme les plus nécessaires clans les sociétés policées; mais ils étaient doux , crédules , et si timides qu'il était aisé de
(i) On l'appelle aujourd'hui ( r 8 % 7 ) Saint-Domingue ou Haïti. (D.L.R.)