LIVRE SECOND. I 2Cj
prendre un grand ascendant sur eux , d'autant plus ^ ^02 que leur étonnement les conduisit à la même illusion qui avait fait regarder aux autres insulaires les Espagnols comme une espèce d'êtres au-dessus de l'espèce humaine, et descendus immédiatement du ciel. Ils possédaient beaucoup plus d'or que leurs voisins , et ils l'échangèrent avec un grand empressement contre des sonnettes , des grains de verre et des épingles, commerce inégal, mais dont les deux parties contractantes étaient également satisfaites, chacune regardant l'échange comme très avantageux pour elle.
Colomb reçut la visite d'un cacique ou prince du pays, qui arriva avec toute la pompe que pouvait connaître ce peuple simple , porté dans un palanquin sur les épaules de quatre hommes , et suivi d'un grand nombre de ses sujets qui montraient pour lui beaucoup de respect. Son maintien était grave et composé. Il avait de la dignité avec ses gens, et une grande politesse avec Colomb et les Espagnols. Il donna à l'amiral quelques plaques d'or assez minces et une ceinture d'un travail curieux , et il en reçut avec une grande satisfaction quelques petits présents1.
Colomb, toujours occupé a rechercher les mines d'or, continua d'interroger tous les naturels du pays avec lesquels il put avoir quelque communication ,
(t) Vie de Colomb, chap. 32. Herrera, Decad. I, lib. I, cap. t5.
l3o HISTOIRE DE L'AMERIQUE.
m 92 pour savoir où elles étaient situées. Il s'accordaient tous à lui montrer un pays de montagnes qu'ils appelaient Cibao, à quelque distance de la mer , et plus loin vers l'est. Frappé de ce mot, qui lui parut être le même que Cipango, nom donné aux îles du Japon par Marco-Polo et quelques autres voyageurs, il ne douta plus que les pays qu'il avait découverts ne fussent voisins des parties les plus orientales de l'Asie , et , se tenant assuré d'arriver bientôt à ces régions qui étaient le but de son voyage , il porta à l'est. Il entra dans un havre commode qu'il appela Saint- Thomas , et trouva cette partie du pays sous le gouvernement d'un cacique puissant appelé Guacanahari1, qui, comme il l'apprit par la suite, était un des cinq souverains qui se partageaient l'île. Guacanahari envoya sur-le-champ à Colomb des députés qui lui présentèrent un masque travaillé avec beaucoup d'art , dont les oreilles , le nez et la bouche étaient d'or battu. Le cacique le faisait inviter en même temps à venir au lieu de sa résidence, près du havre, appelé aujourd'hui Cap-Français , à quelques lieues plus loin du coté de l'est. Colomb envoya quelques-uns de ses officiers pour visiter ce prince, qui, se conduisant avec plus de dignité, semblait mériter de plus grands égards. Les députés étant revenus rendirent à Colomb un compte si favorable du pays et des habitants, qu'il
(i) Guacatwgari suivant Munoz. (D. L. R.)