‹ Histoire de l'Amérique (volume 4)Chapitre 85 sur 174 · LIVRE SECOND. I 3 I · texte numérisé non relu

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consentit avec beaucoup d'empressement à l'entre- 4^92 vue que Guacanahari lui proposait.

Dans ce dessein il fit voile de Saint-Thomas le il\ H perd mule

! , ! i '. . v i ses vaisseaux.

décembre , avec un bon vent et une mer très calme. La multitude de ses occupations ne lui avait pas permis de fermer les yeux depuis deux jours. Il se retira vers minuit pour prendre quelque repos, après avoir remis le gouvernail au pilote, avec défense expresse de le quitter. Celui-ci , se croyant à l'abri de tout danger, le laissa à un mousse sans expérience, et le vaisseau, emporté par un courant, toucha contre un rocher. La violence du choc éveilla Colomb. Il courut sur le pont. Tout était dans la confusion et le désespoir. Lui seul conserva sa présence d'esprit. 11 ordonna à quelques matelots de se mettre dans une chaloupe et d'aller jeter une ancre à la poupe ; mais, au lieu d'obéir, ils voguèrent vers la JVigna, qui était environ à une demi-lieue de là. Il voulut faire couper les mâts pour soulager le navire , mais il était trop tard. Le vaisseau s'était ouvert près de la quille , et faisait tant d'eau que sa perte devint inévitable. Heureusement le calme de la mer et le secours des chaloupes de la Nigna arrivées à propos empêchèrent que personne ne pérît. Aussitôt que les insulaires s'aperçurent de ce malheur, ils accoururent en foule sur le rivage, leur prince Guacanahari étant à leur tête. Au lieu de prendre avantage de la déplorable situation des Es-

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4 492 pagnols pour se débarrasser de ces hôtes dangereux , ils plaignaient leur infortune avec toutes les marques de la compassion la plus vraie. Ils ne s'en tinrent pas à ces expressions stériles d'humanité : ils mirent en mer un grand nombre de canots, et, se laissant diriger par les Espagnols , ils les aidèrent à sauver tout ce qu'il fut possible de tirer du vaisseau. Par le secours de tant de bras , on porta à terre presque tout ce qui était de quelque valeur. Aussitôt que les effets furent sur le rivage , Guacanahari luimême se chargea de les faire garder. Par ses ordres on les déposa tous dans un même endroit, et il y plaça des sentinelles armées qui retenaient la multitude à une certaine distance, et l'empêchaient nonseulement de rien dérober , mais même de regarder avec trop de curiosité ce qui appartenait à ces étrangers, devenus leurs hôtes \ Le lendemain matin le prince rendit visite à Colomb , qui s'était transporté à bord de la IVigna, et s'efforça de le consoler de sa perte, en lui offrant tout ce qui dépendait de lui pour la réparer 2.

Détresse où Colomb avait en effet besoin deconsolation : il ne recevait aucune nouvelle de la Pinta , et ne doutait pas que le traître Pinson ne fût retourné en Europe , afin d'y porter les premières nouvelles des découvertes étonnantes qui avaient été faites et de

(î) Voyez la note 20.

K-i) H errera, Dcccul. I, lib. I}caj>. 18.

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lui enlever, auprès de la reine, la gloire et la ré- ^92 compense qui lui appartenaient à si juste titre. Il demeurait avec un seul vaisseau , le plus petit et le plus endommagé de l'escadre , ayant à traverser une mer si vaste et à reporter en Europe un si grand nombre d'hommes. Chacune de ces circonstances était alarmante, et toutes ensemble remplissaient l'esprit de Colomb de la plus vive inquiétude. Le désir de prévenir Pinson et de combattre les impressions défavorables que ce rival pourrait donner de lui en Espagne ne lui permit pas de différer son retour. La difficulté de ramener sur la Ni»na les il se résout équipages des deux vaisseaux et l'opinion qu'il avait a aisse,r ime

1 A ° l l partie de son

prise de la bonté du pays et de la douceur des habi- équipage daus tants le confirmèrent dans la pensée qu'il avait eue lllede laisser une partie de sa troupe dans l'île, afin qu'en résidant parmi ces peuples les Espagnols pussent apprendre leur langue, étudier leurs dispositions , examiner la nature du pays , aller à la recherche des mines , préparer l'établissement de la colonie qu'il avait le projet d'y former, assurer enfin tous les avantages qu'il attendait de ses découvertes. Lorsqu'il proposa ce projet a ses gens , tous l'approuvèrent, et soit désir de se reposer des fatigues d'un long voyage, soit légèreté naturelle aux uavigateurs , soit espérance d'amasser de grandes richesses dans un pays qui paraissait les promettre , plusieurs offrirent volontairement de restera \?Espagnola.

-1^2 Rien ne manquait plus à l'exécution du projet il obtient le e d'obtenir le consentement de Guacanahari, dont

consentement 1

des habitants, la simplicité confiante fournit bientôt à Colomb une occasion favorable pour lui faire cette proposition. L'amiral ayant exprimé par signes qu'il désirait de savoir pourquoi les insulaires s'étaient enfuis avec une si grande précipitation à l'approche de ses vaisseaux , le cacique lui fit entendre que le pays était désolé par les Caraïbes, peuples habitant quelques îles situées au sud-ouest , nation guerrière et cruelle, qui se plaisait dans le carnage et qui mangeait la chair des prisonniers tombés entre ses mains ; qu'à la première apparition des Espagnols ? les insulaires avaient supposé que c'étaient les Caraïbes auxquels ils n'osaient pas tenir tête, et qu'ils avaient eu recours au moyen qu'ils employaient ordinairement pour se mettre en sûreté en se retirant dans leurs bois les plus épais et les plus impénétrables. Guacanahari , en parlant de ces terribles ennemis , donna des marques d'une si grande frayeur, et montra si ouvertement l'impuissance où était sa nation de leur résister, que Colomb imagina que le cacique recevrait sans alarme l'offre de le défendre contre eux. Il lui proposa donc le secours des Espagnols. Il s'engagea à prendre le cacique et sa nation sous la protection du puissant monarque au service duquel il était lui-même, et lui offrit de laisser dans l'île un nombre d'hommes suffisant non-seulement

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