LIVRE SECOND
pour défendre les habitants contre les incursions fu- \iw% tures des Caraïbes , mais pour tirer vengeance des maux qu'ils avaient faits.
Le crédule Guacanahari accepta l'offre de Colomb n bàt,t un avec beaucoup d empressement, et se crut désormais en sûreté sous la protection de ces êtres descendus du ciel , et supérieurs en force aux mortels. On traça sur le terrain le plan d'un petit fort que Colomb appela JSavidad (de la Nativité), parce qu'il était débarqué sur cette terre le jour de Noël. On creusa autour un fossé profond. On éleva des remparts fortifiés de palissades, et on y plaça les gros canons sauvés du naufrage du vaisseau de l'amiral. L'ouvrage fut achevé en dix jours, ces pauvres insulaires ayant travaillé eux-mêmes avec une assiduité infatigable à élever le premier monument de leur servitude. Pendant ce temps Colomb s'efforça d'augmenter par ses caresses et sa libéralité la haute opinion qu'ils avaient des Espagnols , et la persuasion où ils étaient de sa bienveillance à leur égard. Mais il voulut aussi leur donner une idée imposante de la force que les Espagnols avaient en main pour punir et exterminer ceux qui mériteraient leur juste indignation. Dans cette vue, en présence d'un peuple nombreux, il disposa ses gens en ordre de bataille, et fit voir, par des épreuves innocentes, la bonté du tranchant des sabres espagnols, la force de leurs piques et les effets de leurs arquebuses. Ces peuples grossiers, ignorant
l36 HISTOIRE DE l'aMÉRIQUK.
4 ^92 l'usage du fer, ne connaissant d'autres armes que des flèches de roseau garnies d'os de poisson , des sabres et des javelines de bois durci au feu, furent saisis d'étonnement et de frayeur. Avant que leur surprise et leur crainte eussent eu le temps de s'affaiblir, Colomb fit tirer les gros canons. Cette explosion subite les frappa d'une telle terreur , qu'ils tombèrent à terre se couvrant le visage de leurs mains; et lorsqu'ils virent ensuite les effets étonnants des boulets, ils conclurent qu'il était impossible de résister à des hommes qui disposaient de ces instruments destructeurs , et qui marchaient armés de l'éclair et du tonnerre contre leurs ennemis, instructions Après avoir convaincu les insulaires de la bien- •iu a donue a veillance et du pouvoir des Espagnols , et avoir mis
ceux qu'il y . , . * il i
laisse. ceux-ci en état de conserver leur ascendant sur les
esprits de ce peuple timide, Colomb destina trentehuit de ses gens à rester dans l'île. Il mit à leur tête Diego d'Arada J, gentilhomme de Cordoue , en l'investissant des pouvoirs qu'il avait reçus lui-même de leurs majestés catholiques. Il laissa à cette colonie naissante tout ce qui lui était nécessaire pour subsister et se défendre. Il recommanda aux Espagnols , dans les termes les plus forts, de se tenir toujours unis , de montrer une soumission sans réserve au com-
(t) Diego de Arana suivant Murioz; Colomb nomma pour ses lieutenants et successeurs eu cas de morl d'abord Gutierrcz el ensuite Rodrigue de Escobedo. (D.L.R.)