LIVRE SECOND
i/, de février' , et on avait déjà fait près de cinq 4445 cents lieues sur l'Océan Atlantique, lorsque des vents violents commencèrent à s'élever, et, continuant de s'accroître , devinrent un ouragan terrible. Tout ce que l'expérience et l'habileté de Colomb purent lui fournir de ressources pour sauver les vaisseaux fut employé. Mais il était impossible de résister à la violence de la tempête; et, comme on était loin encore de toute terre, la perte de l'escadre semblait inévitable. Les matelots eurent recours aux prières , à l'invocation des saints , aux vœux , aux charmes mêmes , enfin à tout ce que la religion peut dicter ou la superstition suggérer dans les dangers extrêmes; tous ces moyens étant sans effet et les Espagnols se croyant perdus sans ressource, s'abandonnaient au désespoir, et s'attendaient à chaque moment à être engloutis par les flots. Outre les passions naturelles qui agitent le cœur de l'homme dans de si terribles situations , et lorsque la mort se présente sous ses formes les plus effrayantes , Colomb était en proie à des sentiments plus douloureux encore et qui lui étaient personnels. Il craignait que l'étonnante dé- Conduite de couverte qu'il venait de faire ne pérît avec lui, et j0om • que le genre humain ne fût privé de tous les avantages qui pouvaient en être les fruits. Son nom allait
(r) Muâoz dit que la tempête commença le 1 1 février , et qu'elle augmenta prodigieusement dans la terrible nuit du 14 au i5; Christ. Colomb dit la même chc.e dans la relation de san premier voyage. Voir la Collection des voyages et découvertes faites par les Espagnols , etc. (D.L.R.)
i/jO HISTOIRE DE l'aMERIQUE.
1493 passer à la postérité comme celui d'un aventurier imprudent et trompé , au lieu d'être consacré dans la mémoire des hommes comme celui de l'auteur de la plus noble entreprise qui eût jamais été conçue. Ces désolantes réflexions étouffaient en lui le sentiment même du danger présent. Moins touché de la perte de sa vie qu'occupé à conserver la mémoire des grandes choses qu'il avait tentées et exécutées , il se retira dans sa chambre et écrivit sur du parchemin un récit abrégé de son voyage , de la route qu'il avait suivie, de la situation et de la richesse des pays qu'il avait découverts, et de l'établissement de la colonie qu'il y avait laissée. Ayant ensuite enveloppé son écrit d'une toile cirée , il l'enferma dans une espèce de gâteau de cire qu'il mit dans un tonneau bouché avec beaucoup de soin, et qu'il jeta à la mer, dans l'espérance que quelque accident heureux sauverait un dépôt si précieux au monde \ u relâche Enfin la Providence vint à son secours et sauva
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une vie réservée a d autres événements cl un si grand intérêt. Le vent tomba , la mer se calma , et le soir du i 5 février on découvrit une terre vers laquelle on gouverna sans la connaître. On s'aperçut bientôt que c'était Sainte-Marie , une des Acores ou îles occidentales soumises à la couronne de Portugal. La , après de grandes difficultés de la part du gouver-
(i) Vie de Colomb, chap. "»;. H errera, Décrit. /, lib. U, cap. i, 2. Voyez la noie ai.