LIVRE SECOND. I
verts, l'effusion de la joie fut générale et ne put se 4495 contenir. On sonna toutes les cloches , on tira le canon. Colomb, en débarquant, fut reçu avec les mêmes honneurs qu'on aurait rendus au roi. Tout le peuple en procession solennelle l'accompagna , lui et sa troupe , à l'église , oii ils allèrent remercier Dieu d'avoir couronné d'un si heureux succès le voyage le plus long et le plus important qui eût jamais été entrepris. Le soir du même jour, Colomb eut la satisfaction de voir entrer dans le port la Pinta, que la violence de la tempête avait jetée bien loin au nord.
Le premier soin de Colomb fut de donner avis au roi et à la reine , qui étaient alors à Barcelone , de son arrivée et de ses découvertes. Ferdinand et Isabelle , également étonnés et ravis d'un succès qu'ils n'espéraient presque plus , répondirent à Colomb de la manière la plus honorable et la plus flatteuse, lui demandèrent de se rendre sur-le-champ auprès d'eux, voulant apprendre de lui- même le détail de son expédition et des circonstances du service signalé qu'il venait de leur rendre. Dans son voyage à Barcelone , le peuple accourait en foule de tous les endroits voisins , le suivait avec admiration et lui prodiguait les applaudissements. Ferdinand et Isabelle ordonnèrent que son entrée dans la ville se fit avec tout l'appareil convenable à un événement qui allait donner à leur règne un si grand lustre.
1J493 Les Indiens qu'avait amenés Colomb des pays qu'il venait de découvrir marchaient les premiers. Leur teint ? leur physionomie ? la singularité de toute leur personne les faisaient regarder comme des hommes d'une espèce nouvelle. Après eux on portait les ornements d'or façonnés par l'art grossier de ces peuples ; les grains d'or trouvés dans les montagnes , et la poudre du même métal recueillie dans les rivières ; enfin les différentes productions de ces pays nouveaux. Colomb fermait la marche et attirait tous les yeux. On contemplait avec admiration cet homme extraordinaire , dont le génie et le courage avaient conduit les Espagnols au travers de mers inconnues , à la découverte d'un monde nouveau. Ferdinand et Isabelle le reçurent , assis sur leur trône , revêtus de tous les ornements royaux, et placés sous un dais magnifique. A son approche ils se levèrent, et, ne permettant pas qu'il se mît à genoux pour leur baiser la main , ils lui ordonnèrent de s'asseoir sur un siège préparé pour lui , et de leur faire le récit de son voyage; ce qu'il fit avec une gravité également convenable au caractère de la nation espagnole et à la dignité de l'assemblée , et en même temps avec la modeste simplicité d'un esprit supérieur qui , content d'avoir exécuté de grandes choses, ne cherche pas à les relever par une vaine ostentation. Lorsqu'il eut fini sa narration , le roi et la reine se mirent à genoux pour rendre grâces à Dieu d'une