LIVRE SECOND. I
crurent devoir s'assurer par d'autres précautions 4^93
! • ,. , . i ] 11 . de confirmés
la propriété et la possession des pays nouvellement le découverts. L'exemple des Portugais et la superstition de ce siècle leur faisaient une nécessité d'obtenir du pape la concession des pays qu'ils désiraient oecuper. On supposait que le pontife, comme vicaire et représentant de Jésus-Christ, avait un droit de souveraineté sur tous les royaumes de la terre. Alexandre VI, souillé de tous les crimes qui peuvent déshonorer l'humanité, remplissait alors le siège de Rome. Comme il était né sujet de Ferdinand , et que la protection et les secours de ce prince pouvaient lui faciliter l'exécution de ses desseins ambitieux pour l'élévation de sa famille , il accorda sur-le-champ au monarque toutes ses demandes. Par un acte de libéralité qui ne lui coûtait rien, et qui servait à étendre l'autorité et les prétentions des papes , il donna à Ferdinand et à Isabelle tous les pays habités par des infidèles , et que les Espagnols avaient déjà découverts ou qu'ils découvriraient dans la suite ; et en vertu du pouvoir qu'il prétendait tenir de Jésus-Christ , il investit la couronne de Castille d'un droit sur de vastes régions dont , loin d'y avoir lui-même aucun titre , il ignorait la situation et jusqu'à l'existence. Mais comme il fallait éviter que cette concession ne contrariât celle qu'il avait déjà faite au Portugal , il établit pour limites entre elles une ligne qu'on supposerait tirée
t5o histoire de l'amérique.
1^95 d'un pôle à l'autre, et passant à cent lieues à l'ouest des Açores ; accordant de nouveau , par la plénitude de son pouvoir, aux Portugais tout ce qui était a l'est de cette ligne, et aux Espagnols tous les pays à l'ouest !. Ferdinand avait fait valoir le désir d'étendre la foi chrétienne comme le motif de sa demande au pape ; et , dans la bulle 3, cette raison est donnée comme la principale de celles qui ont déterminé le pontife. Pour montrer qu'on s'occupait de ce projet louable, plusieurs moines, sous la conduite du P. Boyl, Catalan d'une grande réputation dans son état, qu'on revêtit de la dignité de vicaire apostolique , furent désignés pour accompagner Colomb et se vouer à l'instruction des naturels du pays. Les Indiens que Colomb avait amenés avec lui, ayant reçu quelque teinture de la doctrine chrétienne, furent baptisés avec beaucoup de solennité ; le roi lui-même , le prince son fils et les principaux seigneurs de sa cour leur servant de parrains. On sait assez que ces premiers pas du christianisme dans le nouveau-monde n'ont pas mené aussi loin que des hommes pieux le désiraient et qu'on avait lieu de l'espérer.
Second Ferdinand et Isabelle ayant obtenu ainsi un titre voyage ^^ paraissait alors incontestable à la souveraineté
(i) Herrera, Decad. I, lih. Il , cap. 4. Torquemada . Mon. Lui. lit). XV III, cap. 3.
(•2) Elle porto la date du 3 mai. (J). L. R.)