‹ Histoire de l'Amérique (volume 4)Chapitre 95 sur 174 · LIVRE SECOND · texte numérisé non relu

LIVRE SECOND

Tandis que les Espagnols pleuraient sur ces tristes 4 495 restes de leurs malheureux compatriotes , on vit ar- Sort (,es Es" river un frère du cacique Guacanahari. Colomb ap- avait iajssés. prit de lui ce qui était arrivé après son départ de l'île. Un commerce suivi avec les Espagnols avait diminué peu à peu le respect superstitieux que les insulaires avaient d'abord conçu pour eux. Les Européens , par leur mauvaise conduite et leurs violences , avaient bientôt effacé ces impressions favorables et montré qu'ils avaient tous les besoins , toutes les faiblesses et toutes les passions des hommes. Après le départ de Colomb , qui lui imposait par sa présence et son autorité, la garnison avait secoué toute espèce de subordination envers l'officier auquel il avait confié le commandement, et oubliant les sages instructions de l'amiral , chaque particulier s'était rendu indépendant et s'était abandonné, sans aucun frein, à toutes ses fantaisies. L'or, les femmes, les provisions des insulaires, étaient devenus la proie de ces oppresseurs. Ils s'étaient répandus en petites troupes dans toute l'île , exerçant partout leur avidité et leur insolence. Ces violences sans prétextes avaient à la fin lassé la patience et excité le courage de ce peuple, malgré sa douceur et sa timidité. Le cacique deCibao, dont les Espagnols infestaient surtout le territoire, attirés par les mines d'or de ce district , en avait surpris et fait périr plusieurs qui

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i H95 parcouraient l'île avec autant de sécurité que si les habitants n'eussent eu aucun sujet de se plaindre d'eux.

II avait ensuite assemblé ses sujets, et ayant investi le fort il y avait fait mettre le feu. Quelques Espagnols avaient été tués en s'y défendant; le reste avait péri en traversant un bras de mer pour se dérober à l'ennemi. Guacanahari, que tous les excès des Espagnols n'avaient pas encore détaché d'eux, avait pris les armes pour les défendre , et avait reçu une blessure qui le retenait chez lui T.

Conduite Ce récit ne mettait pas Guacanahari à couvert de piu eme e toug ies S0Upç0ns . mais Colomb vit que ce n'était pas

un moment favorable pour rechercher sa conduite avec sévérité. Il rejeta donc l'avis de plusieurs de ses officiers , qui voulaient se saisir de la personne du cacique et venger la mort des Espagnols en attaquant ses sujets. Il leur fit sentir la nécessité de s'assurer de l'amitié de quelque prince du pays, pour faciliter l'établissement qu'ils projetaient, et leur exposa le danger de soulever contre eux toute l'île en exerçant une rigueur inutile et déplacée ; au lieu de perdre le temps à venger les injures passées, il s'occupa des précautions qui pouvaient en prévenir de nouvelles. Dans cette vue, il fit choix d'une situation plus saine et plus commode que celle de la Nativité. Il y traça dans une grande plaine, voisiuc d'une large baie , le plan d'une

(i) P. Martyr. Dccad.p. 2?., etc. Herrera, Dccad. h Ub\ 11, cap. 7, 9. Fie de Colomb, chap. 49, 5o.

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