LIVRE SECOND. I
ville, et obligeant tous les Espagnols de concourir 4 495 à un ouvrage d'où le salut commun dépendait ; les maisons et les remparts furent bientôt en état de les loger et de les mettre en sûreté. Il donna à cette cité naissante ? la première que les Européens fondèrent dans le nouveau-monde, le nom & Isabelle, en l'honneur de sa protectrice la reine deCastille \
Au milieu de ces travaux si nécessaires , Colomb Méconteneut à combattre non-seulement tous les dégoûts et tement lue
° lui cause sou
toutes les difficultés qui pouvaient accompagner 1 é- équipage. tablissement d'une colonie dans un pays inculte j mais ce qui était plus embarrassant encore, la paresse, l'impatience et l'indocilité de ses gens. Le défaut d'activité , naturel aux Espagnols, semblait s'augmenter par l'influence d'un climat chaud. qui les énervait. Plusieurs d'entre eux étaient des gentilshommes qui, n'étant point accoutumés aux travaux pénibles , s'étaient engagés dans cette expéditions sur les descriptions pompeuses et exagérées de quelques-uns des premiers compagnons de Colomb, ou sur l'idée fausse adoptée par Colomb lui-même,que Y Espagnola était ou le Cipango de Marc-Paul, ou l'Ophir 2, d'où Salonion tirait ces marchandises précieuses qui avaient répandu dans son royaume de si immenses richesses. Mais lorsqu'au lieu de la moisson d'or, qu'ils avaient compté recueillir sans peine, les Espagnols virent
(1) Vie de Colomb, chap.St. Herrera, Decad. I, lib. II, cap. 10. I». Martyr, Decad. p. iy.
l5G HISTOIRE DE L'AMÉRIQUE.
1 4 95 que cette brillante perspective s'éloignait , et que s'ils pouvaient jamais y atteindre, ce ne serait que par des efforts très lents et par une longue persévérance de travail et d'industrie , la perte de leurs chimériques espérances les jeta dans un abattement voisin du désespoir, et les porta ensuite à un mécontentement général. En vain Colomb s'efforçait de ranimer leur courage, en leur faisant observer la fertilité du sol et en leur montrant des morceaux d'or qu'on apportait chaque jour de différentes parties de l'île. Ils n'avaient pas assez de patience pour attendre les richesses que la terre ne fournit qu'avec le temps et à des intervalles réglés, et ils regardaient l'or lui-même avec dédain, comme étant en trop petite quantité pour satisfaire leurs désirs. L'esprit de mutinerie devint général, et il se trama une conspiration qui pouvait être fatale à l'amiral et à sa colonie. Heureusement elle fut découverte. Colomb punit quelques-uns des chefs , et envoya les autres prisonniers en Espagne. Il y renvoyait en même temps douze vaisseaux de transport qui l'avaient accompagné, et demandait instamment un renfort d'hommes et de nouvelles provisions '.
*9* Cependant , pour prévenir l'oisiveté qui nourris-
11 examine • 1 , *
'état du pays. sait le mécontentement des Espagnols en leur laissant 12 mars. le temps de penser au renversement de leurs espérances , il projeta différentes expéditions dans l'inté-
(r) H errera, Decàd. ï, Ub. Il, cap. io, ti.