LIVRE SECOND. l
rieur du pays. Il envoya un détachement, sous le 4M commandement d'Alonsod'Ojeda, officier actif et vigilant , pour visiter le district de Cibao , où l'on disait que l'or était en plus grande abondance qu'ailleurs. Il soutint lui-même cette expédition avec une grande partie de ses troupes. Il déploya dans cette occasion tout l'appareil de la magnificence militaire, pour frapper l'imagination des insulaires. Il marcha enseignes déployées, au son d'une musique guerrière, et faisant voltiger un petit corps de cavalerie, tantôt en avant et tantôt à son arrière-garde. Comme c'était la première fois que les habitants du nouveau-monde voyaient des chevaux, l'aspect de ces animaux les pénétra d'admiration et de terreur , impressions qu'ils reçurent avec d'autant plus de facilité qu'ils n'avaient eux-mêmes aucun animal domestique, ni aucune idée du surcroît de force que l'homme s'était donné en se soumettant le cheval. Ils imaginèrent que le cheval et le cavalier ne formaient qu'un seul corps animé et un être doué de raison , dont les mouvements rapides leur causaient le plus grand étonnement , et dont l'impétuosité et la force leur semblaient irrésistibles. Colomb s'efforçait ainsi d'inspirer aux insulaires une grande crainte des Espagnols , mais il ne négligeait pas non plus de gagner leur confiance et leur amitié. Il se conduisait envers eux, dans toutes les circonstances , avec l'intégrité la plus scrupuleuse *et la justice la plus exacte, et il les traitait non-seulement
I 58 HISTOIRE DE l' AMÉRIQUE.
i '4m avec humanité , mais avec indulgence. La description que les naturels lui avaient faite de Cibao avait été reconnue vraie. Ce pays montagneux et sans culture roulait l'or dans tous ses ruisseaux , et on y en trouvait des grains dont quelques-uns étaient d'une grosseur considérable. Les Indiens n'avaient jamais ouvert une seule mine pour en tirer ce métal. Pénétrer dans les entrailles de la terre et purifier la mine étaient des opérations au-dessus de leurs connaissances ? et ils ne faisaient pas assez de cas de l'or pour employer tous les efforts de leur industrie et de leur esprit à se le procurer en plus grande quantité \ Tout ce qu'ils en possédaient , ils l'avaient recueilli dans le lit des rivières ou au pied des montagnes , après les pluies abondantes qui tombent entre les tropiques. Mais à toutes ces marques les Espagnols ne pouvaient douter que la terre de ce canton ne renfermât dans son sein des trésors dont ils se flattaient d'être bientôt les maîtres2. Colomb, pour s'assurer la possession de cette riche province , y éleva un petit fort , auquel il donna le nom de Saint-Thomas '? en mémoire de l'incrédulité de ses gens, qui n'avaient pas voulu croire que le pays produisît de l'or ? avant de l'avoir vu de leurs yeux et touché de leurs mains 3. Situation fâ- L'espérance des richesses que pouvait fournir le
cliciisc et mé-
contenlement , , ~ • , } ir • r „ A (i) Oviedo, /. //, pag. go A,
de la colonie. " . ,„ ,'
(2) Fer. Martyr. Decad. p. 3a.
(3) Herrerrf, Decad. I, ïtb. II, cap. ta. Vte de Colomb, chap. Jfe.