LIVRE NEUVIÈME. %3ç
et avait demandé un corps de troupes suffisant pour soumettre les insurgens, qu'il avait représentés en même temps comme si aigris par les gênes imposées à leur commerce , qu'ils étaient disposés à secouer le joug de la métropole. Charles, alarmé de ce mouvement aussi dangereux qu'inattendu, et voulant maintenir son autorité sur une colonie qui devenait de jour en jour plus précieuse et dont on commençait à connaître mieux le prix, fit partir promptement une petite escadre avec le nombre de troupes qu'avait demandé Berkeley. Bacon et ses partisans furent instruits de cet armement, et n'en furent pas intimidés; ils résolurent d'opposer la force à la force, et prétendirent que cette résistance, et la résolution de traiter en ennemis tous ceux qui se réuniraient à Berkeley, tant que les colons n'auraient pas mis leurs sujets de plainte sous les yeux de leur souverain, se conciliaient avec la soumission qu'ils lui devaient , .
Mais, tandis que les deux partis se préparaient 4677 avec une égale animosité à envelopper leur pays dans les horreurs d'une guerre civile, un événe- ne la révolte, ment calma cette agitation presque aussi subitement qu'elle avait été excitée. Bacon, prêt à entrer en campagne, tomba malade, et mourut. Il ne se trouva parmi ses adhérents personne qui eût ses talents, ou qui fût assez bien dans la confiance du
(x) Beverley's Hist., p. 75, 76.
La mort de Bacon termi-
ll\0 HISTOIRE DE l' AMÉRIQUE.
peuple pour aspirer au commandement. Sans chef pour les conduire et les animer, leurs espérances s'affaiblirent. Une défiance mutuelle se glissa parmi eux. Tous commencèrent à désirer un accommodement; et, après une courte négociation avec sir William Berkeley , ils posèrent les armes et se soumirent à son gouvernement, sur la promesse d'un pardon général.
Ainsi fut terminée une insurrection qui, dans les annales de la Virginie , est connue sous le nom de la rébellion de Bacon (Bacon's rébellion). Ce chef audacieux fut pendant sept mois maître de la colonie , tandis que le gouverneur pour le roi était confiné dans un canton éloigné et mal peuplé. Dans le petit nombre de documents qui nous restent sur cet événement, il n'est pas aisé de reconnaître les vrais motifs qui lui firent prendre les armes, ni jusqu'où il prétendait porter ses plans de réforme, soit dans le gouvernement , soit dans le commerce. Il est probable que sa conduite, comme celle de tous les chefs de parti , eût été réglée surtout d'après les événements , et que , selon qu'ils lui eussent été favorables ou contraires , ses demandes et ses vues eussent été plus bornées ou plus étendues. Convocation Aussitôt que sir William Berkeley eut recouvré d'une asscm- gon pOUVOir ? L\ en usa pour convoquer une assem-
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modération, blée de représentants du peuple, en qui il put trouver des conseils et une autorité capables de rétablir