LIVRE DIXIEME. ^5l
de se conduire d'après ses propres idées , qui la menaient plutôt à s'approcher de l'Eglise romaine dans la pompe du culte extérieur, qu'à accroître encore la distance qui les séparait, en abolissant les cérémonies établies '. Un acte du parlement dans la première année de son règne , non - seulement prescrivit, sous les peines les plus sévères, l'obser-
que du ton impérieux avec lequel elle dictait à ses sujets ce qu'ils devaient croire, dans son discours à la clôture du parlement, en i585. « Il y a, dit-elle, un objet dont je ne puis omettre de faire mention : la « religion; ce fondement de toutes choses, sur lequel tout doit reposer; « ce sol où tout prend racine et qui doit être bien préparé, sans quoi « l'arbre qui y est planté périra. Je dois vous dire qu'il y a quelques « gens qui se donnent la liberté de critiquer les institutions ecclésias- « tiques, de manière à me scandaliser, moi et l'Eglise que Dieu a con- « fiée à ma charge , où je ne serais pas excusable de laisser entrer l'bé- « résie ou l'erreur. Je sais bien que, dans une grande place, on ne peut « pas empêcher tous les abus, et qu'il n'y a point d'emploi dans lequel « on ne laisse s'en glisser quelques-uns. Mais, milords évoques, si vous « n'y remédiez pas, je vous déclare que je vous déposerai. Prenez donc « garde à remplir vos obligations. Vous pouvez apporter le remède au « mal sans bruit et sans déclamations inutiles. Je passe pour avoir fait « de grandes études, et la plupart philosophiques; je dois convenir que « cela est vrai, et qu'il y a peu de personnes, si on en excepte les profes- « seurs, qui aient lu plus que moi; et je n'ai pas besoin de vous dire « que je ne suis pas assez simple pour ne pas entendre ce que je lis, ni « assez oublieuse pour ne pas m'en souvenir; et cependant, parmi le « grand»nombre de volumes que j'ai lus, je me flatte que la sainte « Ecriture, où nous trouvons tout ce que la raison nous enseigne et « que nous devons croire, n'est pas celui que j'ai étudié le moins. Je « vois beaucoup de gens, sedonnantune liberté téméraire envers Dieu, « soumettre à des discussions trop subtiles son divin testament. Ces! « là une présomption trop grande pour que je puisse la souffrir, elc,>; D'Ewes's Journal, p. 3-28.
(t) Neal's Hist. of the Puritans, I, 1 38, i 76.
Q.5l HISTOIRE DE L'AMÉRIQUE.
vation exacte des formes du culte ordonnées par le rituel , mais autorisa la reine à y joindre et à faire observer de même toutes celles qui, à son jugement, pourraient contribuer à rendre le culte public plus décent et plus édifiant \ Puritains. Les partisans d'une réformation plus rigoureuse, voyant leurs espérances si cruellement trompées, ne renoncèrent pas pour cela à l'exécution des projets avec lesquels ils étaient rentrés dans leur patrie. Ils mirent beaucoup de soin et d'adresse à répandre leurs opinions parmi le peuple ; ils vantaient la pureté de la doctrine des Eglises étrangères , et s'élevaient contre les pratiques superstitieuses qui s'étaient glissées dans la leur. Inutilement les défenseurs du système établi représentaient-ils que ces formes et ces cérémonies étaient en elles-mêmes des pratiques tout-à-fait indifférentes, qu'un long usage rendait respectables, et qui, par l'impression qu'elles faisaient sur l'imagination et les sens, tendaient non-seulement à fixer l'attention, mais à toucher le cœur et à l'échauffer de sentiments pieux et louables. Les puritains (car ce fut le nom qu'on donna à ceux qui se faisaient scrupule d'obéir à l'acte appelé d'uniformité, de la première année d'Elisabeth) soutenaient que les cérémonies dont il s'agissait étaient des inventions des hommes, ajoutées au culte raisonnable que la parole de Dieu dernan-
(i) I. Elisabeth, c. 2.