LIVRE DIXIÈME
dait de nous ; que la grande sollicitude qu'on mettait à en exiger l'observation disposait la multitude à concevoir une si haute idée de leur valeur et de leur importance, qu'elle se contenterait bientôt d'une vaine forme et de l'ombre de la religion , et qu'elle imaginerait que les pratiques extérieures pouvaient suppléer au défaut de sainteté intérieure, et qu'enfin des pratiques si long-temps reçues dans une société manifestement corrompue pour voiler ses propres vices et séduire et fasciner le genre humain, devaient être rejetées comme des restes de superstition indignes d'être adoptés par une Eglise qui se glorifiait du nom de réformée.
Le peuple, auquel on en appelle en dernière intolérance analyse dans toute controverse religieuse, écoutait tlelE8 ean"
J D ' glicane.
les arguments des deux partis, et il était aisé de voir auquel des deux, des hommes qui connaissaient l'esprit superstitieux du papisme ' , et qui avaient été en butte à ses persécutions, devaient prêter une oreille plus favorable. Le désir de se mettre encore à une plus grande distance de l'Eglise de Rome se répandit parmi la nation. Les ministres attachés à ce parti, qui refusaient de porter le surplis et les autres vêtements ecclésiastiques, et d'observer les cérémonies prescrites par la loi ,
(r) Nous croyons inutile de relever ces expressions de Robertson, et nous renvoyons le lecteur à la note que nous avons mise au bas de la page 346. (D. L. R. )
étaient considérés et suivis, tandis que les partisans de l'acte de conformité étaient abandonnés et leurs personnes souvent insultées. Pendant quelque temps, les premiers i^non-conformists) furent tolérés; mais, comme leur nombre et leur hardiesse croissaient tous les jours, on crut nécessaire de faire intervenir l'autorité, tant civile que spirituelle, pour arrêter leurs progrès. A la honte des chrétiens, ils ne connaissaient guère en ce temps les droits sacrés de la conscience et de la liberté de penser, ainsi que les leçons de charité et d'indulgence mutuelle qui sont l'esprit de la religion qu'ils professent. Non-seulement l'idée de tolérance, mais ce terme lui-même, dans le sens qu'on y attache aujourd'hui, n'étaient pas connus ; chaque Eglise prétendait avoir le droit d'employer l'autorité civile à protéger la vérité et à proscrire l'erreur. Les lois du royaume armaient Elisabeth d'un grand pouvoir en ce genre, et elle était très disposée à en user aveclaplus grande vigueur. Plusieurs ecclésiastiques puritains des plus considérés furent privés de leurs bénéfices ; d'autres furent emprisonnés ou soumis à des amendes, et quelques-uns mis à mort. Mais, comme il arrive ordinairement, la persécution, au lieu d'amortir leur zèle, l'enflamma à un tel point que les tribunaux ordinaires ne suffirent plus pour les réprimer, et qu'on établit un nouveau tribunal sous le titre de haute commission pour les affaires ecclésias-