‹ Histoire de l'Amérique (volume 5)Chapitre 129 sur 175 · LIVRE DIXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DIXIÈME

admettre la doctrine et la discipline de ceux qu'on appelle presbytériens ; mais ceax qui poussaient encore plus loin l'esprit d'innovation, quoique approuvant l'égalité que cette communion établit entre les pasteurs, blâmaient encore l'autorité qu'elle met dans les mains de plusieurs tribunaux ecclésiastiques de différents degrés de juridiction, comme contraire à la liberté chrétienne.

Ces notions bizarres se répandaient depuis quel- Brownisies. que temps parmi le peuple, et l'amusaient de beaucoup de plans chimériques de gouvernement ecclésiastique, lorsque Robert Brown, l'un des prêcheurs les plus populaires et les plus estimés, les réduisit en un corps de système qu'il fit adopter à sa congrégation. Il enseignait que l'Eglise d'Angleterre était corrompue et antichrétienne; que ses ministres n'étaient pas légitimement ordonnés, et que ses lois étaient sans autorité, ses sacrements invalides; et il défendait à ses sectateurs de communiquer avec elle en tout ce qui était relatif au culte religieux. Il soutenait qu'une société de chrétiens unis pour adorer Dieu constituait une Eglise ayant de droit une juridiction complète sur elle-même et dans ses propres affaires, indépendante de toute autre société; qu'elle ne devait de compte à aucun supérieur; que la prêtrise n'était pas un ordre distinct dans l'Eglise, et qu'elle ne donnait pas un caractère indélébile ; que tout homme en état d'en-

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seigner pouvait être destiné à cet office par le choix de ses frères et par l'imposition de leurs mains ; et que, par la même raison et la même autorité, il pouvait être dépouillé de cette fonction, et réduit au rang d'un simple chrétien; que toute personne admise à être memhre d'une communion devait une profession publique de sa foi qui témoignerait qu'elle était en état de grâce avec Dieu , et que toutes les affaires d'une Eglise devaient être décidées à la majorité des voix de ses membres. Les Brownis- Cette forme démocratique de gouvernement, qui es se re u- a]-,0ijSS[Ut toute distinction de rangs dans l'Église,

gient en Roi- ° *> 7

lande. et donnait une égale portion de pouvoir à chaque

individu , s'accordait si bien avec l'esprit niveleur du fanatisme, qu'elle fut adoptée avec empressement par beaucoup de gens comme un parfait modèle de politie chrétienne. On appela ses partisans Brownistes, du nom de leur fondateur; et, comme leur doctrine était encore plus contraire à celle de l'Église établie que celle des autres dissidents, ils furent persécutés plus vivement. Plusieurs d'entre eux furent condamnés a de grosses amendes ou emprisonnés, et quelques-uns punis de mort. Brown, par une légèreté dont il y a peu d'exemples parmi les enthousiastes dont la vanité s'est nourrie de la gloire d'être chefs de parti, abandonna ses disciples, se soumit à l'Église établie, et accepta un bénéfice ' ;

(i) Brown, dont la lête paraît avoir été aussi faible que son esprit

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mais sa secte n'en subsista pas moins, et coniinua même de se répandre, surtout parmi la classe moyenne, ainsi que dans le petit peuple. Mais, comme elle était surveillée soigneusement par l'autorité tant civile qu'ecclésiastique, et que tous les sectaires qu'on découvrait étaient punis avec la plus grande rigueur, un assez grand nombre d'entre eux, las de vivre dans cet état d'alarme et de danger continuel, s'enfuit en Hollande, et s'établit à Leyde, sous la conduite d'un M. Jolin Robinson, leur pasteur. Ils y résidèrent plusieurs années paisibles et obscurs. Mais, les plus âgés d'entre eux étant morts, quelques-uns des jeunes s'étant mariés dans des familles boîlandaises, et leur Eglise ne recevant aucune recrue d'Angleterre et ne faisant pas de prosélytes dans le pays, ils commencèrent à craindre que leurs grandes découvertes en matière spirituelle ne fussent perdues pour le genre bumain, et que ce système parfait de gouvernement ecclésiastique, qu'ils avaient organisé, ne fût dissous et oublié , s'ils demeuraient plus longtemps dans une terre étrangère.

Frappés fortement de la crainte d'un événement Us quêtent

rr la Hollande

était ardent et son caractère impétueux, se soumit en i5()o, par suite de pour aller l'effet que produisit sur lui une excommunication de l'évèque de Péter- s'établir en borough; il fut nommé recteur par la protection du comte d'Exeter, son Amérique, parent, quoiqu'il n'eût jamais, à ce qu'on prétend, formellement rétracté ses opinions; il fit remplir les fonctions de sa cure par un ecclésiastique salarié, et se contenta d'en recevoir les revenus. (D. L. R.)

qui leur paraissait funeste aux intérêts de la vérité, ils se crurent appelés par la Providence à le détourner, en s'établissant dans quelque autre lieu où ils pourraient professer et propager leur doctrine avec plus de succès. L'Amérique, où plusieurs de leurs compatriotes étaient en ce temps-là occupés de fonder des colonies, se présenta à leur pensée. Ils se flattèrent qu'on leur permettrait dans ces régions éloignées de suivre librement leurs propres idées en matière de religion. Les dangers et les travaux auxquels les premiers émigrants avaient été exposés dans ce pays ne les effrayaient pas. « Ils étaient, disaient-ils eux-mêmes, depuis long-temps sevrés du lait de leur mère-patrie , et endurcis aux peines attachées à un séjour dans une terre étrangère ; unis ensemble par un lien puissant et sacré, ils se tenaient obligés de prendre soin les uns des autres, et de se dévouer chacun au bien de tous. Il n'en était pas d'eux comme des autres hommes qu'un rien pouvait décourager, et à qui le plus léger inconvénient ferait souhaiter de revenir dans leur patrie'. 4 618 Le premier objet de leur sollicitude était de s'assurer le libre exercice de leur religion ; dans cette vue, ils s'adressèrent au roi; et quoique Jacques refusât de leur donner aucune assurance formelle qu'ils seraient tolérés, il paraît qu'ils obtinrent de lui quelque promesse que le gouvernement ferme-

(i) Hutchinson's Hist. of Massachus., p. 4.

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