LIVRE HUITIEME. v
habitant qui ose commercer avec les étrangers '. Ainsi les colonies sont tenues dans un état d'enfance perpétuelle; et cette dépendance établie pour un intérêt de commerce, cette politique subtile dont l'Espagne a donné le premier exemple aux nations de l'Europe, ont conservé la domination de la métropole sur des colonies éloignées pendant deux siècles et demi.
Telles sont les principales maximes d'après les- Lenieurdes quelles les rois d'Espagne ont formé leurs nouveaux pr3ujatjon a établissements en Amérique. Mais ils n'ont pas pu de l'Amérirecréer avec la même rapidité qu'ils avaient détruit2 ; ^ue Par
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et beaucoup d'obstacles ont retardé le succès des soins qu'ils se sont donnés pour remplir le vide immense que leurs dévastations avaient causé. Dès que la fureur des découvertes et des conquêtes commença à s'amortir, les Espagnols ouvrirent les yeux sur des dangers et des maux qu'ils n'avaient pas aperçus ou qu'ils avaient négligé de prévenir. Les calamités sans nombre auxquelles sont exposées des
(i) Recop. lib. IX, tit. 27, /. 1, 4, 7, etc.
(2) Cette accusalion contre les rois d'Espagne n'est pas fondée ; on pourrait tout au plus imputer la dépopulation de l'Amérique à quelques-uns de leurs sujets de la Péninsule ; quant à eux personnellement, non-seulement ils y étaient complètement étrangers, mais ils ont tout fait pour en arrêter le progrès , et Robertson leur rend justice à cet égard , en différents endroits de son ouvrage. On peut voir ce que dit à ce sujet don Juan INuix dans ses Réflexions impartiales sur l'humanité des Espagnols dans les Indes, quoique cet écrivain soit souvent très partial malgré le litre de son ouvrage. (D. L. R. )
3o HISTOIRE DE i/ AMÉRIQUE.
colonies naissantes, les maladies causées ]3ar l'insalubrité d'un climat fatal à la constitution des Européens, la difficulté d'établir la culture dans un pays couvert de forets, le manque de bras dans quelques provinces , et dans toutes , la lenteur avec laquelle l'industrie obtenait la récompense de ses peines , à moins que la découverte de quelque mine n'enricbît tout de suite un petit nombre d'heureux aventuriers, tous ces maux étaient généralement sentis et exagérés. L'esprit d'émigration des Espagnols, découragés par tant d'obstacles, s'affaiblit bientôt de telle manière que, soixante ans après la découverte du Nouveau-Monde, le nombre des Espagnols en Amérique ne passait pas quinze mille '. Obstacles à La manière dont la propriété était réglée dans ses progrès jeg co|orues espagnoles, et les lois selon lesquelles
dans les lois . .
relatives à la elle se transmettait, soit par succession, soit par propriété, vente , étaient extrêmement contraires à la population. Pour que la population fasse des progrès rapides dans une colonie naissante , il faut que les terres soient partagées en petites portions et que la propriété puisse en être transmise avec beaucoup de facilité2. Mais l'avidité des conquérants du Nouveau-Monde les empêcha d'avoir égard à cette maxime fondamentale. Comme ils avaient le pouvoir de satisfaire toute l'extravagance de leurs de-
(i) Voyez la note 12.
(2) Smith's Inquiry, loin, II,]>- 166.