LIVRE DIXIÈME
de professer ouvertement leurs opinions religieuses, et le droit de se gouverner par des lois qui étaient leur ouvrage , consolaient les colons au milieu de leurs dangers et de leurs travaux. La constitution de leur Eglise était la même que celle qu'ils avaient établie en Hollande. Leur système de gouvernement civil fut fondé sur ces idées d'égalité naturelle entre les hommes auxquelles leur régime ecclésiastique les avait accoutumés; tout homme libre, membre de l'Eglise, faisait partie du corps législatif suprême. Ils adoptèrent les lois d'Angleterre comme la base de leur jurisprudence , quoique avec quelque différence dans la punition des crimes , empruntée des lois de Moïse. Le pouvoir exécutif fut mis aux mains d'un gouverneur et de quelques conseillers choisis annuellement par les membres de l'assemblée législative '.
Jusque là leurs institutions paraissent fondées sur les notions communes de la sagesse humaine; mais c'était une opinion favorite de tous les enthousiastes de ce siècle que la bible contenait non-seulement le système complet de la religion , mais celui de la politique intérieure et du gouvernement civil; et, sans tenir aucun compte des circonstances particulières ou de la situation du peuple dont elle fait l'histoire, les fanatiques modernes prenaient souvent les règles générales de leur conduite dans ce
(1) Chalmer's Annals, p. 87.
qui était arrivé parmi des hommes placés dans des
situations toutes différentes. C'est en suivant cette
Communau- marche bizarre que les colons de la Nouvelle-
ie es îens. piyj^^^^ ? erl imitation des premiers chrétiens, établirent entre eux la communauté de biens, et, comme membres d'une même famille , entreprirent d'exécuter tous les travaux en commun pour le bénéfice de tous1; mais cette résolution, qui prouvait bien la sincérité de leur foi, retarda les progrès de leur établissement. Les mêmes effets funestes de cette communauté de biens et de travail qu'avait Institution éprouvés la colonie de Virginie se firent sentir à
funeste à la celle-ci, et on y fut bientôt obligé de renoncer à
colonie. N r . . y
un système trop partait pour pouvoir convenir a des hommes. Quoiqu'ils eussent bâti une petite ville, et qu'ils l'eussent mise en un état de défense suffisante contre les attaques des Indiens , le sol qui les entourait était si pauvre, leurs principes religieux si ennemis du véritable ordre social , et les secours qu'ils purent tirer de leurs amis d'Europe si peu abondants, qu'après dix ans d'établissement ils n'étaient pas plus de trois cents 2. Au bout de quelques années, ils n'avaient acquis encore aucun droit légal de propriété sur le territoire qu'ils oc- Cette colo- cuPaient ; à la fin ils l'obtinrent du conseil de la nie n'est pas compagnie de la Nouvelle-Plymouth ; mais ils ne
(1) Charniers, p. 89. Douglas's Summary, I, p. 370.
(2) Chalmer's Annals, p. 97.