LIVRE DIXIÈME
seurs fut attribue aux membres de la corporation. Le pouvoir exécutif fut mis aux mains du gouverneur et de son conseil ; celui de la législation attribué aux corps des propriétaires, qui furent autorisés à faire les statuts et règlements utiles à la colonie, et qui ne seraient pas contraires aux lois d'Angleterre, et à les faire exécuter comme les autres corporations du royaume. Les terres devaient être tenues en fief simple et absolu comme celles de Virginie. Ils obtinrent aussi la même exemption temporaire des taxes intérieures et des droits établis sur les marchandises importées et exportées; et, malgré leur émigration de la métropole, ils conservèrent pour eux et pour leurs descendants tous les droits des sujets nés en Angleterre \
L'objet manifeste de cette charte était de conférer aux entrepreneurs qui se proposaient d'aller peupler la baie de Massachusets tous les droits accordés à la corporation ou conseil de Plymouth , de qui ils avaient acheté ce territoire , et d'en faire un corps semblable aux autres grandes compagnies de commerce , que l'esprit monarchique avait , à cette époque, multipliées dans le royaume. Le roi ne paraît pas avoir pénétré ni même soupçonné les intentions secrètes de ceux qui suivaient cette entreprise; car , loin de se les concilier en leur laissant espérer qu'il respecterait leurs scrupules religieux, ou en
(r) Hutchinsons's Collect. of orig. pap., p. t, etc.
leur promettant quelque adoucissement aux lois pénales contre les non-conformistes, il ordonna expressément que le serment de suprématie serait prêté par toute personne passant à la colonie, ou qui y serait établie1.
4629 Mais , quelles que fussent les intentions du roi ,
Etablisse- 1 v 1 1 • i
ment form' s entrePreneurs ne perdirent pas leur objet de en vertu de vue. Aussitôt qu'ils se virent revêtus par la charte e ciarte. rQya|e je tous }es pouvoirs qu'ils avaient voulu obtenir, ils équipèrent cinq vaisseaux pour la Nouvelle-Angleterre, portant plus de trois cents passagers qui allaient s'y établir. La plupart étaient de zélés puritains, dont l'objet principal en quittant leur terre natale était l'espoir de jouir de la liberté religieuse dans un pays éloigné du siège du gouvernement et des cours ecclésiastiques qui les opprimaient. Quelques ministres non-confor-
(1) Hutchinson's Collect. of orig. pap. , p. 18. Il est étonnant que M. Neal, écrivain soigneux et ordinairement bien instruit, avance que « celte charte accordait la liberté de conscience, et le droit d'honorer Dieu, chacun à sa manière, à tous ceux qui s'établiraient dans ce pays» Hist. of N. England, I, 124; ce qu'il répète dans son Histoire des Puritains, et ce que les historiens qui l'ont suivi donnent aussi à entendre d'après lui. La charte ne contient rien de semblable; et cette tolérance eût été contraire à toutes les maximes de Charles et de ses ministres durant tout son règne. A l'époque même où cette charte fut accordée, l'influence de Laud sur son conseil était toute-puissante; les puritains étaient violemment persécutés, et le royaume absolument gouverné par la prérogative. Ce n'est pas là un temps où l'on puisse trouver aucune concession faite en faveur des non-conformistes, par un prince ayant les principes el le caractère de Charles.