LIVRE DIXIÈME. ^-y
çaient à goûter les charmes de la liberté chrétienne pour eux-mêmes, ils oubliaient que d'autres hommes avaient un droit égal à la réclamer. Quelquesuns des colons conservant un grand respect pour le rituel de l'Eglise anglaise furent si blessés de le voir entièrement rejeté, qu'ils se séparèrent de la communion de la nouvelle Eglise , et s'assemblèrent à part pour exercer leur culte religieux. Par une inconséquence dont il y a trop d'exemples frappants parmi les chrétiens de toutes les sectes pour en faire la matière d'un reproche particulier à aucune, les mêmes hommes qui s'étaient expatriés pour fuir la persécution devinrent persécuteurs, et eurent recours, pour faire recevoir leurs opinions, aux moyens violents et profanes contre lesquels ils s'étaient naguère élevés avec tant de véhémence. Endicott fit venir en sa présence deux des principaux parmi les mécontents; et, quoiqu'ils fussent des hommes considérés et du nombre des premiers individus auxquels la charte avait été concédée, il les bannit de la société , et les renvoya en Angleterre par des vaisseaux qui partaient1. Les colons qui restaient étaient maintenant unis de sentiments; mais, à l'approche de l'hiver, ils souffrirent si fort des maladies qui emportèrent presque une moitié d'entre eux, qu'ils firent très peu de progrès dans le pays.
(i) Maiher, p. 19. Neal, p. 129.
Cependant les directeurs de la compagnie en Angleterre faisaient tout ce qu'ils pouvaient pour fortifier la colonie , en y envoyant des troupes nombreuses de nouveaux colons; et, comme l'archevê- Les enivra- queLaud, poussé par son esprit intolérant , exigeait tionsd'Angle- l'obéissance à toutes les injonctions de l'Église avec terre accrues jus je rigUeur qUe jamais, la situation de ceux
par Pintoîé- r . - . . 1 ,
rance de qui se faisaient scrupule de s y soumettre devenait Laud. tous Jes jours si fâcheuse et si insupportable, que
plusieurs d'entre eux, parmi lesquels il s'en trouvait de plus riches que ceux qui s'étaient portés jusque là dans la colonie, et appartenant à des classes plus élevées de la société, acceptèrent l'offre qu'on leur faisait d'un asile dans la Nouvelle-Angleterre. Ces hommes, se proposant d'employer leur fortune aussi bien que leurs personnes à établir là une colonie permanente et stable , prévoyaient divers inconvénients à se soumettre à des lois faites, sans leur consentement, par une société qui pouvait n'avoir pas prévu tous leurs besoins ni respecté tous leurs droits. Ils demandèrent donc que les pouvoirs politiques qu'exerçait la compagnie fussent transférés d'Angleterre en Amérique, et que le gouvernement de la colonie fût confié en entier à ceux qui, s'établissant dans ces pays nouveaux, y deviendraient membres de la société '.
La compagnie avait déjà dépensé des sommes
(1) Hulchinson's Coll. ofpapers, p. 25.