‹ Histoire de l'Amérique (volume 5)Chapitre 137 sur 175 · LIVRE DIXIEME · texte numérisé non relu

LIVRE DIXIEME

considérables pour l'exécution de ses projets sans en avoir retiré presque aucun profit, et sans espérance prochaine d'en obtenir aucun , ni même de rien recouvrer de ses avances qu'à une époque trop éloignée, ou trop incertaine pour des négociants qui formaient la classe la plus nombreuse de la compagnie. Elle hésita cependant, arrêtée par la crainte que la concession que demandaient les émigrants ne fût pas légale. Cependant son empressement de se La cliarte de

,, , -, la compagnie

tirer d une entreprise qui ne donnait presque plus transft*r(;e d'espérance, la détermina, avec le consentement aux colons, unanime de ses membres, à transmettre sa charte et le gouvernement à ceux qui s'établiraient dans la Nouvelle- Angleterre \ Il fut réglé en même temps que les membres de la corporation qui ne voudraient pas passer en Amérique auraient une part dans le fonds de commerce et dans les profits de la compagnie pendant l'espace de sept ans.

Dans cette transaction singulière , dont l'histoire des colonies anglaises n'offre point d'autre exemple , deux circonstances méritent une attention particulière •, l'une est le pouvoir qu'exerce fa compagnie de faire un tel transport; l'autre, le silence et l'acquiescement du roi qui le permet. Si l'on juge de la validité d'une telle concession par la charte qui avait établi la compagnie en corps politique , et placé en elle tous les pouvoirs dont elle était

(1) Mather, p. 20. Hutchinson'sHist., p. 12. Chalmers, p. i5o.

revêtue , il est évident qu'elle ne pouvait les exercer que selon le mode prescrit par la charte elle-même, et qu'elle n'était pas en droit de les aliéner et de convertir ainsi une administration de compagnie commerçante en un gouvernement provincial en Amérique ; mais depuis le premier moment de l'établissement de la colonie de Massachusets , ses membres semblent avoir été animés d'un esprit d'innovation, autant en matière de gouvernement civil qu'en religion; accoutumés à rejeter la doctrine et les usages de l'Eglise établie, ils se trouvaient disposés à se soustraire de même aux formes anciennes de gouvernement. Ils s'étaient adressés au roi pour en obtenir une charte afin de donner de la légalité à leurs opérations en Angleterre comme actes d'un corps politique; mais les personnes qu'ils avaient envoyées en Amérique s'étaient regardées en débarquant comme des individus unis ensemble par une association volontaire, et ayant par-devers eux le droit naturel , appartenant à des hommes qui forment une société politique, d'adopter la forme de gouvernement qui leur convient, et de faire les lois qu'ils jugent les plus propres à assurer leur bonheur. Sur ce principe, qu'ils étaient en droit de juger et de décider pour euxmêmes et par eux-mêmes, ils avaient établi leur Église à Salem, sans rien conserver des institutions de l'Eglise anglaise dont la charte les supposait

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