LIVRE DIXIÈME
que, il faut considérer la colonie, non comme une corporation dont les pouvoirs sont déterminés et les procédés réglés par sa charte , mais comme une société qui, ayant acquis ou conquis sa liberté politique, a, par un acte volontaire, adopté une constitution ou forme de gouvernement, modelée sur celle d'Angleterre.
Mais, quoique leur système politique fût em- Lefanatkpreint de l'influence de l'esprit de liberté, comme yi leurs opinions religieuses n'étaient plus contenues par aucune autorité , le fanatisme continua à se répandre et à se montrer tous les jours plus bizarre et plus extravagant. William , ministre à Salem , et jouissant d'un grand crédit, ayant conçu une forte antipathie contre la croix de Saint-George que portent les drapeaux d'Angleterre, déclama contre cet usage avec tant de véhémence, comme contre un reste de superstition et d'idolâtrie, qu'on ne pouvait laisser subsister au milieu d'un peuple aussi pur et aussi sanctifié , qu'Endicotte , un des membres du conseil, dans un transport de zèle, alla couper publiquement la croix du drapeau placé à la porte du gouverneur. Ce sujet frivole divisa la colonie. Quelques membres de la milice se firent scrupule de marcher sous les drapeaux portant la figure d'une croix, craignant que ce ne fût là un signe d'idolâtrie. D'autres refusèrent de servir sous une bannière mutilée, pour ne pas être soupçonnés d'à-
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voir renonce à leur obéissance à la couronne d'Angleterre. Après beaucoup do disputes, soutenues avec tout le zèle et la chaleur que donne l'esprit de parti, et qui, dans les contestations frivoles, suppléent à l'importance réelle et aux bonnes raisons, la querelle fut terminée par un accommodement. La croix fut conservée dans les drapeaux des forts et les pavillons des vaisseaux, et fut ôtée des drapeaux de la milice. William, par suite de cette querelle, et pour quelques autres doctrines qu'on n'approuvait pas, fut banni de la colonie1.
Nouveaux On faisait des éloges si pompeux de l'état prospère de la Nouvelle-Angleterre, et la simplicité de son régime ecclésiastique était si fort admirée par ceux qui avaient de l'éloignement pour l'Église anglicane, que des troupes nombreuses de nouveaux colons s'y portèrent. Parmi ces nouveaux venus se j\ 635 trouvèrent deux personnages dont les noms ont été depuis célèbres par le rôle qu'ils ont joué sur un plus grand théâtre. L'un était Hughes Peters , enthousiaste et intrigant , chapelain d'Olivier Cromwell ; l'autre, M. Henri Vane , fils de sir Henri Vane, membre du conseil privé du roi, et jouissant auprès de lui d'un grand crédit. Un jeune homme d'une famille noble , animé d'un tel zèle pour la pureté de la religion et d'un assez grand amour de la li-
(i) Neal's Hist. of N. Engl., p, 140, etc. Hutchinson, p. 37. Chatmers, p. i5/),