‹ Histoire de l'Amérique (volume 5)Chapitre 142 sur 175 · LIVRE DIXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DIXIÈME

berté pour renoncer à toutes ses espérances en Angleterre, et s'établir dans une colonie qui, jusqu'à présent, n'avait pu fournir à ses habitants que les objets de leurs premiers besoins , y fut reçu avec la plus grande admiration. Son maintien mortifié, son air froid et grave, et ses mœurs sévères au-delà même des modèles regardés comme les plus parfaits dans la société à laquelle il se réunissait , semblaient annoncer un homme qui avait atteint à une grande perfection religieuse, en même temps que ses talents et son intelligence dans les affaires le firent regarder comme digne de remplir les places les plus importantes de la communauté. Dès l'année suivante, il 163G fut fait gouverneur d'une voix unanime et avec une confiance entière de la part des colons, dans les avantages que devait procurer son administration; mais , comme les affaires d'une colonie naissante ne fournissaient pas à Vane un champ assez vaste pour son activité et ses talents, son esprit inquiet et magistral le porta à s'occuper de subtilités théologiques indignes de son attention. Il fut jeté dans cette route par une femme dont les rêveries eurent , dans l'enceinte de la colonie ainsi qu'au-dehors, des effets qui, tout frivoles qu'ils puissent paraître aujourd'hui, doivent être recueillis comme des événements de quelque importance dans l'histoire de ce pays.

C'était la coutume en ce temps dans la Nouvelle- Secte (Iqs an Angleterre, parmi les hommes principaux de chaque t»»»1^-

congrégation, de se rassembler une fois la semaine pour répéter les sermons qu'ils avaient entendus, et conférer sur la doctrine qui y était contenue. Mistriss Hutchinson , dont le mari était compté parmi les habitants les plus respectables de la colonie, regrettant que les personnes de son sexe fussent privées des avantages résultant de ces assemblées, en forma dans sa maison une semblable, à des jours fixes, d'un certain nombre de femmes qui se livraient aux mêmes exercices de piété semblables à ceux des hommes. D'abord elle se contenta de répéter ce qu'elle avait pu recueillir des discours des prêcheurs. Bientôt après elle y ajouta des commentaires, et elle en vint à censurer quelques membres du clergé comme corrompus , et à débiter ses propres opinions , fondées toutes sur le système que les théologiens appellent des antinomiens ' , et portant tous les caractères du fanatisme. Elle enseignait que la sainteté de la vie n'assure point la justification ou l'état de grâce auprès de Dieu , et que ceux qui insistaient sur la nécessité de manifester sa foi par les œuvres n'étaient que des esclaves ; elle soutenait quel'esprit de Dieu habitait en personne dans les gens de bien, et qu'ils connaissaient parfaitement la volonté divine

(i) Note du traducteur. Les antinomiens étaient une secte née dans le sein du luthéranisme; ils enseignaient que les bonnes œuvres n'étaient pas nécessaires au salut, et que celui qui avait la foi n'avait pas besoin de lois (nomos), d'où ils avaient pris leur nom d'Anlinomiens.

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