LIVRE DIXIÈME
qui formaient le corps le plus considérable, fut retardée par un incident le plus étrange de ceux qui ont jamais influé sur une opération militaire. Comme ils étaient assemblés et prêts à partir , on recon- Épuration nut que quelques-uns des officiers aussi bien que armeedes simples soldats étaient antinomiens, croyant à la foi sans les œuvres, et que Dieu ne bénirait point leurs armes et ne couronnerait point leur expédition du succès, que l'armée ne fût épurée de ces hommes profanes. L'alarme fut générale, et on prit toutes les mesures nécessaires pour distinguer et chasser les impurs , et rendre cette petite troupe assez sainte pour combattre dans la cause d'un peuple qui avait de si hautes idées de sa propre
sainteté '.
Cependant les troupes de Connecticut, renforcées D^aitc Jcs par un petit détachement de Say-Brook, crurent nécessaire de s'avancer sur l'ennemi. Les sauvages étaient postés sur un terrain élevé au centre d'un marais vers la source de la rivière Mistick; ils s'étaient environnés de palissades, la meilleure défense que leur ignorance dans l'art des fortifications leur eût permis de connaître. Mais, quoiqu'ils sussent que les Anglais étaient en marche, avec l'imprévoyance et la sécurité familières aux sauvages, ils ne prirent aucune précaution pour suivre leurs mouvements et se garder d'être surpris. L'ennemi par* 20 mai, (t)Nea1,I, t6S.
vint sans être aperçu jusqu'aux palissades, et si un chien n'avait pas donné l'alarme en aboyant, tous les Indiens eussent été massacrés sans résistance. En un moment cependant ils furent en armes; et, jetant le cri de guerre, ils se préparèrent à repousser les assaillants; mais, dans ces premiers temps des relations des Européens avec les Américains, ceux-ci étaient peu accoutumés aux effets des armes à feu, et les redoutaient infiniment. Tandis qu'un certain nombre d'Anglais inquiétait les Indiens par un feu continuel au travers des palissades, d'autres se firent une entrée dans l'enceinte formée seulement de branches d'arbres, et, mettant le feu aux huttes couvertes de roseaux, la terreur et la confusion devinrent bientôt générales. Plusieurs femmes et enfants périrent dans les flammes, et les guerriers en cherchant à s'échapper furent massacrés par les Anglais; ou, tombant entre les mains des 'Naragansets, alliés de ces derniers, qui entouraient le fort à une certaine distance , ils furent réservés à un traitement plus cruel. Après la jonction des troupes de Massachusets , les Anglais résolurent de poursuivre leur victoire, et, chassant les Indiens d'une retraite à l'autre, les battirent dans plusieurs actions presque aussi fatales aux sauvages que celle du Mistick. En moins de trois mois, la nation des Pequods fut exterminée. Quelques-uns de ces malheureux se réfugièrent dans d'autres peuplades voisines aux-