LIVRE HUITIÈME
grossiers jusqu'aux plus compliqués. La superstition des Espagnols d'Amérique a ajouté à la pesanteur de cette imposition légale des contributions volontaires. Leur passion pour la pompe extérieure dans les cérémonies de la religion et leur respect excessif pour le clergé séculier et régulier ont procuré aux églises et aux monastères , et détourné ainsi sans utilité une grande portion de la richesse qui aurait contribué puissamment à la prospérité des colonies eh y entretenant un travail productif.
Malgré tous les obstacles, les pays occupés en Différentes Amérique par les Espagnols sont si fertiles et si se- bifan^ da*~ duisants, que la population s'y est insensiblement les colonies, augmentée, et que les colonies espagnoles sont aujourd'hui remplies de citoyens de différents ordres. Les plus puissants et les plus considérés sont les Espagnols qui y arrivent d'Europe et qu'on appelle chapetones. La cour d'Espagne, jalouse de main- Chapetones. tenir la dépendance des colonies , ne confie les emplois de quelque importance qu'à des personnes envoyées d'Europe; et, pour s'assurer davantage de leur fidélité, elle exige de tous ceux qu'elle emploie la preuve qu'ils descendent d'une famille de vieux chrétiens , sans aucun mélange de race juive ou mahométane , et qui n'ait été flétrie par aucune censure de l'inquisition '. Le gouvernement croit pouvoir confier sûrement l'autorité en des mains si pu-
(i) Piecop. lib. IX, tit. 0.6, /. r5, ifi.
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res, et eux seuls sont chargés de presque tous les emplois publics depuis la vice-royauté jusqu'aux dernières places '. Toute personne qui, par sa naissance ou par une longue résidence en Amérique, peut être soupçonnée de quelque disposition contraire aux intérêts de la métropole, est l'objet d'une défiance qui équivaut presque à l'exclusion de tous les emplois de confiance ou qui donnent quelque autorité \ Une préférence si marquée de la couronne pour les chapetones leur donne une telle prééminence en Amérique, qu'ils regardent avec dédain toutes les autres classes de citoyens.
Créoles au Le caractère et la condition des créoles ou dessecond rang. cendants des Européens établis en Amérique , qui forment la seconde classe des citoyens dans les colonies espagnoles, ont mis les chapetones à portée d'acquérir d'autres avantages presque aussi considérables que ceux qu'ils tiennent de la prédilection du gouvernement. Quoique quelques-uns des créoles soient descendus des conquérants du Nouveau- Monde; quoique d'autres tirent leur origine des plus nobles familles d'Espagne ; quoique plusieurs d'entre eux possèdent de grandes richesses , l'influence d'un climat chaud, la jalousie ombrageuse du gouvernement et l'impuissance d'atteindre à ces distinctions qu'ambitionne toujours le cœur humain, abattent tellement en eux toute vigueur et toute activité, que
(i) Voyez la note 14. (a) Voye: la noie i5.