‹ Histoire de l'Amérique (volume 5)Chapitre 2 sur 175 · LIVRE HUITIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE HUITIÈME

la race des habitants originaires fut entièrement éteinte. Au Mexique , où une nation puissante et belliqueuse résista long-temps à l'invasion des Espagnols avec un courage digne d'une meilleure destinée, un grand nombre avait péri sous le tranchant de l'épée ; et là , comme au Pérou ? les Espagnols traînant après eux les Indiens pour porter leur bagage et leurs munitions dans leurs guerres civiles et dans leurs expéditions à l'intérieur du pays, l'excès des fatigues avait emporté ces malheureux par milliers1.

Mais la mauvaise administration des Espagnols eut des effets encore plus tristes que toutes leurs cruautés. Les calamités qui accompagnaient la conquête ne furent que passagères , et fatales seulement à quelques individus, au lieu que les vices du gouvernement furent un mal permanent qui peu à peu dévora la nation. Lorsque les vainqueurs se partagèrent les terres du ]M[exique et du Pérou, chacun d'eux voulut y trouver une prompte récompense de ses services. Des aventuriers accoutumés à la dissipation de la vie militaire n'avaient ni l'industrie nécessaire pour former un plan de culture régulière, ni la patience d'en attendre les produits lents , mais certains. Au lieu de s'établir dans les vallées déjà occupées par les Indiens, où la fertilité du sol aurait récompensé les travaux du culti-

(1) Voyez la noie 1.

8 HISTOIRE DE l'aMERJQUE.

vateur , ils portèrent leurs habitations vers les parties montagneuses , si étendues dans le Mexique et dans le Pérou. Toute leur activité fut employée à la recherche des mines. Les espérances vastes et séduisantes que leur présentait ce genre de travail convenaient merveilleusement au génie entreprenant qui anima les premiers conquérants de l'Amérique dans tous les pas de leur carrière. Le travail des mines demandait tant de bras qu'il fut nécessaire d'y employer les naturels du pays. On les força d'abandonner leurs anciennes habitations dans les plaines et de se porter en foule aux montagnes. Ce passage soudain du climat chaud des vallées à l'air froid et pénétrant particulier aux terres hautes situées vers la zone torride ; les fatigues d'un travail excessif, une nourriture peu abondante et malsaine; le désespoir causé par une sorte d'oppression à laquelle ils n'étaient pas accoutumés et dont ils ne voyaient pas le terme ? toutes ces causes produisirent sur eux le même effet que sur les habitants des îles. Les uns et les autres , accablés du poids de tant de calamités réunies , disparurent de la terre avec une égale rapidité'. L'introduction de la petite vérole, maladie jusqu'alors inconnue en Amérique et extrêmement dangereuse dans ce climat 7

(i) Torquemada, I, 6i3.

(2) B. Diaz, cap. 124. Herrera , Decad. II, lib. X, cap. 4. Ulloa, Entreten. ,206.

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