‹ Histoire de l'Amérique (volume 5)Chapitre 20 sur 175 · LIVRE HUITIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE HUITIÈME

somme \ Aucun Indien résidant à plus de trente milles d'une mine, ne peut être compris dans la division destinée à l'exploiter %;et on n'expose point les habitants des plaines à une destruction certaine en les forçant de passer des pays chauds aux froides régions des montagnes où les minéraux abondent3.

Les Indiens qui vivent dans les villes principales Comment sont absolument soumis aux lois et aux magistrats ' s s?n s°u~

o vernes.

espagnols ; mais dans leurs villages ils sont gouvernés par des caciques , dont quelques-uns sont les descendants de leurs anciens seigneurs ; d'autres sont nommés par le vice-roi. Ces caciques règlent les petites affaires du peuple de leurs districts selon les maximes de leurs ancêtres que la tradition a conservées. C'est une consolation pour les Indiens que d'obéir à une autorité placée entre les mains de leurs compatriotes ; et le pouvoir de ces magistrats indiens est si peu redoutable à leurs nouveaux maîtres , qu'on le laisse souvent passer du père au fils comme un héritage 4. Pour garantir cette classe d'hommes de l'oppression à laquelle elle est si fort exposée, la cour d'Espagne a établi dans chaque district un officier sous le titre de protecteur des Indiens : Ses fonctions consistent, comme son nom l'indique,

(i) Ulloa, Entreten., 265, 266.

(2) Recop. lib. VI, tit. 12, /. 3.

(3) Ibid, l. 29, et tit. x, /. i3. Voyez la note 23.

(4) Solorz. de Jure Ind. lib. I, cap. 26. Recopil. lib. fi, tit, 7. Voyez la note 18 déjà citée.

à soutenir les droits des Indiens ? à comparaître dans les tribunaux pour les défendre , et à interposer son autorité pour mettre des bornes aux usurpations et aux violences de ses compatriotes \ On prend sur la quatrième partie du tribut annuel des Indiens une portion pour les caciques et les protecteurs, et une autre pour l'entretien du clergé employé à leur instruction8. Une autre portion paraît être affectée au profit des Indiens eux-mêmes ; elle est employée à payer leur tribut dans les années de disette , ou à soulager les districts affligés de quelque calamité extraordinaire3. On a aussi réglé qu'il serait fondé des hôpitaux pour les Indiens dans tous les nouveaux établissements4, et il s'en est élevé en effet à Lima, à Cusco et à Mexico, où les pauvres et les malades sont traités avec beaucoup d'humanité5. Telle est l'esquisse du gouvernement sous lequel vivent aujourd'hui les Indiens dans les pays de l'Amérique soumis à l'Espagne. On n'y aperçoit point de traces du système de destruction qu'on a attribué à cette puissance. En accordant que la nécessité d'assurer la subsistance des colonies et les produits avantageux des mines autorise les Espagnols à

(i) Solorz. lib. I, cap. 17, p. 201. Recop. lib. VI, tit. 6. (2) Recop. lib. VI, lit. 5, /. 3o;tit. 16, l. T2-i5. (3j Ibid. , lib. VI, tit. 4, /. i3.

(4) Ibid., lib. I, tit. 4, /. r, etc.

(5) Voyage de Ulloa, I, 429-509. Churchill, IV, 496. Voyez la note 18 déjà citée.

LIVKE HUITIÈME. 4^

exiger des travaux des Indiens, on doit convenir que les mesures prises pour régler et recompenser ces travaux sont sages et bien entendues. Il n'y a point de code de lois où se montrent une plus grande sollicitude et des précautions plus multipliées pour la conservation , la sûreté et le bonheur du peuple, que dans les lois espagnoles pour le gouvernement des Indes. Mais ces règlements modernes, ainsi que les premiers, ont été souvent des remèdes trop faibles contre les maux qu'ils étaient destinés à prévenir. Si les mêmes causes continuent d'agir, elles entraînent toujours les mêmes effets. Lorsqu'il existe une distance immense entre le pouvoir qui porte la loi et celui qui est chargé de l'exécution , la vigueur même du gouvernement le plus absolu doit se relâcher, et la crainte d'un supérieur, trop éloigné pour apercevoir bien toutes les fautes et pour les punir avec promptitude , doit s'affaiblir insensiblement. Malgré les lois nombreuses des souverains, les Indiens souffrent encore souvent de l'avidité des particuliers et des exactions des magistrats qui devraient les protéger. On leur impose des tâches excessives; on prolonge la durée de leurs travaux , et ils gémissent sous l'oppression, partage ordinaire d'un peuple qui est dans la dépendance '. Selon quelques instructions sur lesquelles je puis compter, l'oppression est plus forte au Pérou

(i) Voyez la note 2 4,

que dans aucune autre colonie ; cependant elle n'est pas générale. A en croire les relations, même des auteurs les plus disposés à exagérer l'état malheureux des Indiens, ils jouissent dans plusieurs provinces de l'aisance et de l'abondance. Possesseurs de fermes considérables, maîtres de troupeaux nombreux , et riches d'ailleurs de la connaissance qu'ils ont acquise des arts de l'Europe , ils peuvent nonseulement se procurer les nécessités, mais encore les superfluités de la vie \ Constitu- Après avoir expliqué la forme du gouvernement non ecclesms- (jyg jans ieg coiomes espagnoles , et l'état des dif-

tique des co- l ° '

lonies. férentes classes de personnes qui y sont soumises,

il est intéressant de considérer les particularités de

La juridic- leur constitution ecclésiastique. Malgré la vénération

ion u pape superviseuse c|es Espagnols pour le saint-siége , la

restreinte. r roi 07

politique active et jalouse de Ferdinand l'engagea bientôt à prendre des précautions contre l'extension de l'autorité du pape en Amérique. Dans cette vue il sollicita auprès d'Alexandre YI la concession des dîmes dans tous les pays nouvellement découverts2, et il l'obtint à condition qu'il ferait travailler à instruire les naturels dans la religion. Bientôt après , Jules II lui conféra le droit de patronage et la disposition absolue de tous les* bénéfices ecclésiastiques

(1) Gage's Survey, p. 85, 90, 104, 119, etc.

(2) Bulla Alex. VI, A. D. i5oi. Ap. Solorz. de Jure Ind., tom. II, p. 498.

Page 1