‹ Histoire de l'Amérique (volume 5)Chapitre 22 sur 175 · LIVRE HUITIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE HUITIÈME

sont magnifiquement et richement ornés; et, dans les grands jours de fête, l'or, l'argent et les pierreries y sont prodigués à un point qui passe la vraisemblance , et qu'un Européen ne saurait concevoir '.Un établissement ecclésiastique si brillant et si dispendieux nuit aux progrès des colonies , comme nous l'avons déjà fait observer; mais, dans des contrées abondantes en richesses , où le peuple est tellement avide de pompe et d'éclat que la religion est obligée d'y avoir recours pour s'attirer du respect ? ce penchant a besoin d'être flatté, et devient moins dangereux.

L'institution prématurée des monastères dans Effets perles colonies espagnoles, et le zèle inconsidéré qui mcieux des

• t / a * institutions

les a multipliés ont entraîné les plus fâcheuses con- monastiques. séquences. Dans tout établissement nouveau le premier objet est d'encourager la population et d'exciter chaque citoyen à contribuer à l'accroissement des forces de la communauté. Quand une société jeune encore et vigoureuse voit devant elle un grand espace vide à remplir, et par conséquent une subsistance facile à obtenir , l'espèce humaine se multiplie avec une étonnante rapidité : mais les Espagnols étaient à peine en possession de l'Amérique , que, par la plus inconséquente politique, ils se hâtèrent d'établir des couvents destinés à renfermer des personnes de l'un et de l'autre sexe, qui fai-

(t) Voyage de Ulloa, I, 43o.

5o HISTOIRE DE L'AMÉRIQUE.

saient vœu de renoncer au but de la nature f et de contrarier la première de ses lois. Poussés par une piété mal entendue qui attache un mérite tout particulier à l'état du célibat , ou attirés par l'espoir d'une vie commode et exempte de soins , qui , dans un climat brûlant , paraît le souverain bonheur, les jeunes gens se jettent en foule dans ces asiles de la fainéantise et de la superstition, et sont ainsi perdus pour la société. Comme on n'admet dans les monastères que des personnes d'extraction espagnole , le mal est encore plus sensible , et l'on peut regarder chaque moine ou chaque religieuse comme un membre actif retranché de la vie civile. L'inconvénient de ces sortes de fondations , lorsque l'étendue du territoire exige un. surcroît de forces et de bras pour la culture , est si évident que quelques états catholiques ont expressément défendu les vœux monastiques dans leurs colonies \ Les rois d'Espagne eux-mêmes, alarmés d'un penchant si contraire aux progrès et à la prospérité de leurs colonies, ont voulu quelquefois en prévenir les suites2. Mais les Espagnols d'Amérique, plus superstitieux encore que ceux d'Europe, et dirigés par des ecclésiastiques moins éclairés , ont une si haute opinion de la sainteté de l'état monastique qu'il n'y a point

(i) Ulloa, Voyage, II, 124.

(c)Herrcra, Decad. V, lié. IX, cap. î, 2. Rccop. lib. I, th. 3, l. r, 2; lit. 4, /. 2. Solorz. lib. III, cap. '>.'$.

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