LIVRE HUITIÈME. 5l
de règlement qui puisse mettre des bornes à leur zèle; en un mot, grâce à l'excès de leur folle générosité , les maisons religieuses se sont multipliées à un degré non moins surprenant que nuisible à la
société1.
Les ecclésiastiques sont si nombreux % et ont Caractère
, . n ii î î des ecclésias-
une si grande influence dans les colonies espagnoles ti dang qu'il est important de connaître l'esprit et le carac- l'Amérique tère de cet ordre puissant. Une partie considérable csPaSno edu clergé séculier dans le Mexique et dans le Pérou est née en Espagne. Comme les personnes accoutumées par leur éducation à la retraite et au repos d'une vie appliquée sont moins capables de toute entreprise pénible , et moins disposées à se hasarder dans une nouvelle carrière qu'aucune autre classe d'hommes , les prêtres qui tour à tour vont, pour ainsi dire , en recrues ? former l'église américaine , sont pour la plupart des aventuriers qui , par leur mérite ou parleur rang, n'avaient aucun espoir de fortune dans leur patrie. Par conséquent le clergé Du clergé séculier du Nouveau-Monde cultive encore moins secu ier* les connaissances littéraires de toute espèce que celui d'Espagne; et, quoique par les dons considérables qui ont été faits à l'église d'Amérique, la plupart de ses
(i) Voyez la note 26.
(2) Voyez la note 2 5 déjà citée; ce que M. de Humboldt y dit du Mexique peut s'appliquer en grande partie , par analogie, aux autres vice-royautés de l'Amérique espagnole. On peut consulter également sur ce sujet le Voyage dans la Colombie par M. Mollien. (D. L. R.)
liers.
5a HISTOIRE DE L'AMERIQUE.
membres vivent dans l'aisance et l'indépca» £nce,ce qui est la condition la plus favorable à la culture des lettres, à peine cependant ce corps a-t-il produit, durant deux siècles et demi, un auteur dont les ouvrages aient apporté quelques lumières ou mérité par quelque endroit l'attention des nations éclairées. Mais la plus grande partie des ecclésiastiques dans les établissements espagnols sont des réguliers. Des régu- La découverte de l'Amérique ouvrit un cbamp nouveau au zèle pieux des ordres monastiques, et ils s'empressèrent avec une ardeur étonnante d'envoyer des missionnaires pour le cultiver. Ce furent des moines qui entreprirent les premiers d'instruire et de convertir les Américains; de manière qu'aussitôt après la conquête de quelque province , et dès que le gouvernement ecclésiastique commença à y prendre une forme , les papes permirent aux missionnaires des quatre ordres mendiants , en considération de leurs services, d'accepter la direction des paroisses en Amérique, de remplir toutes les fonctions spirituelles, de recevoir les dîmes et les autres revenus du bénéfice, en les affranchissant de la juridiction de l'évêque du diocèse et de ses censures. En conséquence, il s'offrit à eux une nouvelle source de profits et de nouveaux objets d'ambition. Toutes les fois qu'on demande de nouveaux missionnaires, des hommes d'un esprit ardent et ambitieux, impatients du joug du cloître, ennuyés de son insipide