‹ Histoire de l'Amérique (volume 5)Chapitre 26 sur 175 · LIVRE HUITIÈME. $n · texte numérisé non relu

LIVRE HUITIÈME. $n

On peut en donner différentes raisons. Les premiers missionnaires, brûlant de faire des prosélytes, admirent dans l'église chrétienne les peuples d'Amérique avant de les avoir instruits des doctrines de la religion, avant qu'eux-mêmes eussent acquis assez de connaissance dans la langue du pays pour être en état de leur expliquer les mystères de la foi ou les préceptes de la morale. Appuyés sur de subtiles distinctions de la théologie scolastique , ils adoptèrent cette étrange pratique, aussi contraire à l'esprit d'une religion qui veut être comprise, qu'opposée aux règles de la raison. Une horde , intimidée par la puissance des Espagnols et entraînée par l'exemple de ses chefs, par sa légèreté naturelle ou par son ignorance , témoignait à peine un désir passager d'embrasser la religion des vainqueurs, qu'elle était à l'instant baptisée. Pendant cette fureur des conversions , on vit un seul prêtre baptiser plus de cinq mille Mexicains en un jour, et ne s'arrêter qu'épuisé de fatigue et manquant de force pour continuer1. Dans le cours de quelques années après la réduction du Mexique, le baptême fut administré à plus de quatre millions d'ames2. Des prosélytes admis aussi inconsidérément, sans être instruits de la nature des dogmes auxquels ils étaient censés se soumettre, ni convaincus

(i) Torribio, MS. Torquem. Monar. Tnd. lib. XVI, cap. 6, (2) Torribio, ibid. Torquem. lib. XVI, cap. 8,

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de l'absurdité de ceux auxquels on les faisait renoncer , conservaient tout leur attachement à leurs anciennes superstitions, ou en faisaient un mélange absurde avec le peu qu'ils savaient de la nouvelle religion. Ils ont transmis ces opinions bizarres à leur postérité , qui en est tellement imbue que toute l'industrie des prêtres espagnols n'a pas été capable jusqu'à présent de les déraciner. Les Indiens du Mexique et du Pérou se rappellent et honorent encore les institutions religieuses de leurs ancêtres, et toutes les fois qu'ils peuvent se soustraire à la surveillance des Espagnols , ils s'assemblent pour pratiquer quelques cérémonies de leur ancien culte1. Ce n'est cependant pas encore là l'obstacle le plus insurmontable aux progrès du christianisme chez les Indiens ; leur intelligence inculte est si bornée, ils portent leurs réflexions et leurs observations si peu au-delà des objets qui frappent leurs sens, qu'ils sont à peine capables d'idées abstraites, et qu'ils n'ont point d'expressions pour les rendre. La doctrine sublime et purement spirituelle du christianisme doit être incompréhensible pour des esprits si peu exercés. Les cérémonies nombreuses et brillantes du culte romain leur plaisent et les intéressent comme spectacle; mais si on leur explique les articles de foi relatifs à ce culte extérieur, ils

(i) Ulloa, Voyage, I, 34 r. Torquemada , lib. XV, cap. 2 3 ; lib. XVI, cap. 28. Gage, 171. Voyez la note 29.

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