LIVRE HUITIÈME
rance que par les succès; enfin la mine de Potosi, au Pérou, fut découverte fortuitement en i545' par un Indien qui suivait sur la montagne un llama égaré de son troupeau. Bientôt après on ouvrit la mine de Sacotecas 2 , dans la Nouvelle-Espagne , qui était peu inférieure à la précédente. Depuis ce temps on a fait successivement d'autres découvertes dans les deux colonies; et les mines d'argent sont en si grand nombre aujourd'hui, que leur exploitation , ainsi que celle de quelques mines dW dans les provinces de Terre-Ferme et dans le nouveau royaume de Grenade , est devenue la principale occupation des Espagnols , et a été réduite en un système également compliqué et intéressant. La description de la nature des différents métaux, la manière de les tirer des entrailles de la terre , l'explication des procédés particuliers au moyen desquels ces métaux sont séparés des substances avec lesquelles ils sont mélangés , soit par l'action du feu , soit par la puissance attractive du mercure , tous ces objets sont plutôt du ressort du naturaliste ou du chimiste que de celui de l'historien.
Les montagnes du Nouveau-Monde ont versé leurs Richesses trésors avec une profusion qui a étonné le genre quitIs en li~
(r) Fernandez,/?. i, lib. XI, cap. n.
(2) Suivant M. de Humboldt, le véritable nom de ces mines célèbres est Zacatecas. Elles produisent, année commune, 2,5oo à 3,ooo barres d'argent , à r34 marcs chacune. Essai pol. sur la Nouw, Esp. t. 3,/?. 414. (D. L. R. )
64 HISTOIRE DE l'aMJÉRIQUE.
humain, accoutumé jusque là à ne puiser les métaux précieux que dans les mines peu abondantes de l'ancien hémisphère. Suivant des calculs qui paraissent très modérés , la quantité d'or et d'argent apportée annuellement dans les ports d'Espagne est d'environ cent millions délivres tournois, a compter depuis l'année i492? que l'Amérique fut découverte, jusqu'à présent, ce qui fait en deux cent quatre-vingt-trois ans environ vingt-huit milliards trois cent millions. Quelque immense que soit cette somme, les écrivains espagnols prétendent qu'elle doit être beaucoup plus forte en considération des richesses qui ont été extraites des mines sans payer de tribut au roi. Selon ce calcul, l'Espagne a tiré du Nouveau-Monde au moins cinquante milliards '. Sentiments Les mines qui ont donné cette étonnante quantité q,ue r , de richesses ne sont pas exploitées aux dépens de
chesses lont I r r
naître. la couronne ou de la nation. Pour encourager les
recherches particulières , toute personne qui découvre une veine nouvelle en a la propriété. Après en avoir fait la demande au gouverneur de la province , on mesure une certaine étendue de terre et on lui donne un certain nombre d'Indiens , sous la condition d'ouvrir la mine dans un temps déterminé, et de payer au roi, sur le produit , le droit
(i)Uslariz, Theor. y pracl. de commercia , cap. 3. Herrera, Decad. VlIJ, Ub. XI, cap. 17. Voyez les notes 33 et 34,