LIVRE HUITIEME
pagne et clans plusieurs autres provinces. On les tue uniquement pour leur peau, et le carnage en est si grand dans certaines saisons ? que la puanteur des cadavres abandonnés sur la place infecterait l'air , s'ils n'étaient subitement dévorés par de grandes troupes de chiens sauvages et par des nuées de gallinasos ou vautours d'Amérique, les plus voraces de tous les oiseaux. La quantité des cuirs exportés en Europe est prodigieuse et forme une branche de commerce très lucrative \
Presque tous ces articles peuvent être considérés comme des articles d'échange qui sont particuliers à l'Amérique, et qui diffèrent, si l'on excepte les cuirs, des productions de la métropole.
Lorsque l'importation en Espagne de ces divers Avantages produits de ses colonies commença à s'étendre et que 1 EsPa à prendre de 1 activité , 1 industrie et les manuiac- ses to]ouies. tures de ce royaume étaient à un point de prospérité qui lui permettait de se procurer, par ses propres ressources , les marchandises du Nouveau- Monde, de répondre à toutes ses demandes et de suppléer à tous ses besoins. Sous les règnes de Ferdinand et d'Isabelle, et sous celui de Charles V, l'Espagne était une des plus industrieuses contrées de l'Europe. Ses manufactures de laine, de lin et
(i) Acosta, lib.III, cap. 33. Ovalle , //«Z. of Chili. Church. Collect. 111, 47; sep. ibid. F, p. 680, 692. Lettres édif. XIII, 2 35. Feuille, 1 , 249.
de soie , étaient assez étendues pour fournir nonseulement à sa propre consommation , mais encore à des exportations avantageuses. L'Amérique lui offrant un marché nouveau, inconnu jusqu'alors, et dont elle avait l'accès exclusif, elle eut recours à ses propres magasins et y trouva abondamment les marchandises nécessaires1. Ce nouvel emploi dut naturellement accroître et encourager l'industrie. Ainsi alimentées et fortifiées, les manufactures , la population et la richesse auraient dû augmenter en Espagne dans la même proportion que dans ses colonies. A cette époque, l'état de la marine espagnole n'était pas moins florissant que celui de ses manufactures. Au commencement du seizième siècle, elle avait, dit-on, plus de mille vaisseaux marchands3, nombre probablement bien supérieur à celui des vaisseaux de toute autre nation d'Europe. Au moyen du secours que se prêtaient mutuellement le commerce étranger et l'industrie intérieure, les progrès de l'un et de l'autre auraient pu être rapides et étendus, et l'Espagne aurait pu tirer de ses acquisitions dans le Nouveau-Monde le même degré d'opulence et de force que les autres puissances ont acquis par les colonies qu'ils y possèdent. Pourquoi Mais différentes eauses s'y sont opposés. Il en ces avantages est des nations comme des individus : lorsque leurs
ne sont plus
aujourd'hui (r) Voyez la note 37.
les mêmes. (2) Campomanes, II, 140,