‹ Histoire de l'Amérique (volume 5)Chapitre 35 sur 175 · LIVRE HUITIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE HUITIÈME

se faisait entre les différentes parties de ses domaines était interrompu , et les vaisseaux qui hasardaient de le continuer étaient pris ou détruits par ces mêmes ennemis qu'elle méprisait autrefois. L'agriculture même^ ce premier objet d'industrie dans tout état prospère , était négligée , et l'une des plus fertiles contrées de l'Europe fournissait à peine à la. consommation de ses habitants.

A mesure que la population et les manufactures Rapide décade l'état déclinaient, les demandes de ses colonies ence e son

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augmentaient. Les Espagnols, enivrés comme leurs souverains des richesses dont ils étaient comblés tous les ans, abandonnèrent les voies d'industrie auxquelles ils étaient accoutumés, et coururent avec empressement dans ces régions d'où découlait tant d'opulence. Ce fut une nouvelle plaie pour l'état que cette fureur d'émigration, et la force des colonies n'augmenta que par l'épuisement de la métropole. Tous ces émigrants, ainsi que les premiers aventuriers qui s'étaient établis en Amérique, demeuraient dans la dépendance absolue de l'Espagne pour presque toutes les consommations de première nécessité. Entraînés par des objets plus attrayants et plus lucratifs , ou contenus par des lois prohibitives du gouvernement , ils ne pouvaient appliquer leur activité à l'établissement de manufactures nécessaires à leur subsistance. Ils recevaient de l'Europe, comme je l'ai observé ailleurs, leurs habil-

iements, leurs vivres, tout ee qui concourt enfin à l'aisance ou au luxe de la vie , et même leurs instruments de labourage. L'Espagne, épuisée de sujets et de bras industrieux, ne pouvait fournir à des demandes toujours renaissantes et toujours plus considérables. Elle eut recours à ses voisins. Les manufactures des Pays-Bas, de l'Angleterre, de la France et de l'Italie, que ses besoins firent naître ou ranimèrent, lui fournirent abondamment tout ce qu'elle demanda. En vain la loi fondamentale, qui excluait tout commerce des étrangers avec l'Amérique , s'opposait à cette innovation ; la nécessité, plus puissante que les lois, suspendit leur effet, et força les Espagnols eux-mêmes à les éluder. Les Anglais, les Français et les Hollandais, se reposant sur l'honneur et la fidélité des marchands espagnols qui prêtaient leurs noms pour couvrir la contravention, envoyaient en Amérique les objets de leurs manufactures, dont ils recevaient le prix ou en espèces ou en marchandises précieuses du Nouveau-Monde. Ni la crainte du danger , ni l'attrait du gain, ne purent engager aucun commissionnaire espagnol à trahir ou tromper la personne qui se confiait à lui *, et cette probité, qui distingue et honore la nation , contribua à la ruiner. En peu de temps il n'y eut pas plus d'une vingtième partie des marchandises portées en Amé- (t) Zavala , Représentation', p. 226.

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