LIVRE HUITIÈME. 8l
de l'Espagne avec ses colonies se fait par des flottes qui ne font voile qu'avec de bonnes escortes. On équipe tous les ans ces flottes , qui consistent en deux escadres , l'une distinguée par le nom de galions , l'autre par celui de flotte. Elles partaient autrefois de Séville ; mais depuis 1720 elles font voile de Cadix, dont le port a été trouvé plus commode.
Les galions, destinés à fournir la Terre-Ferme Du cornet les rovaumes du Pérou et du Chili , de presque ™erce qui ,se J . fait par k's
tous les articles de luxe ou de nécessité qu'un peu- galions.
pie opulent peut désirer , touchent d'abord à Carthagène , et ensuite à Porto-Bello. Le premier port est le rendez-vous des négociants de Sainte-Marthe et deCaraccas, du nouveau royaume de Grenade et de plusieurs autres provinces. Le second est le grand marché du riche commerce du Pérou et du Chili. Dans la saison ou l'on attend les galions, on transporte par mer à Panama le produit de toutes les mines de ces deux royaumes et les autres marchandises de quelque importance , d'oîi elles sont portées à travers l'isthme jusqu'à Porto-Bello , en partie à dos de mulet, en partie sur la rivière de Chagre , dès qu'on a quelque nouvelle de l'apparition de la flotte d'Europe. Ce méchant petit village , ou l'excessive chaleur jointe à l'humidité continuelle et aux exhalaisons putrides qui s'élèvent d'un sol marécageux rendent le climat le plus mal-
Si HISTOIRE DE l'aMÉRTQUE.
sain peut-être de tous les climats du monde ; ce village, dis-je, est tout à coup rempli d'un peuple immense. Ses rues , habitées un instant auparavant par quelques nègres ou mulâtres et par une misérable garnison qu'on change tous les trois mois , sont occupées alors par une foule de riches négociants , venus de toutes les parties du Pérou et des provinces adjacentes. Le marché est ouvert : il se fait un échange des trésors de l'Amérique avec les manufactures de l'Europe , et , pendant le terme prescrit de quarante jours , le plus riche trafic de l'univers commence et finit, avec cette simplicité, cette confiance entière entre les contractants, qui sont la suite ordinaire d'un grand commerce l . La De celui qui flotte dirige sa course à la Vera-Cruz. Les trésors et se fait par la }es marchandises de la Nouvelle-Espagne et des pro-
flotle. t m f r D r
vinces qui en dépendent y sont transportées de Los-Anles, où elles étaient entreposées en attendant son arrivée; le commerce se fait à la Vera- Cruz de la même manière que celui de Porto-Bello , et il ne lui est inférieur qu'en valeur et en importance. Les deux flottes, après avoir complété leurs chargements en Amérique , se donnent rendez-vous à la Havanne , d'où elles reviennent de compagnie en Europe.
Mauvais ef- Le commerce de l'Espagne avec ses colonies , et e ce ar amsj «êné et restreint, dut nécessairement être con-
rangement. ° 7
(i) Voyez la note 38.