LIVRE HUITIÈME
iluit par le même esprit , et sur les mêmes principes que celui d'une compagnie exclusive. Borné à un seul port, il était par là à la portée de peu de personnes , et insensiblement il se trouva presque tout entier partagé entre un petit nombre de maisons opulentes , d'abord à Séville, et aujourd'hui à Cadix. Celles-ci , par des combinaisons faciles à faire , peuvent empêcher la concurrence, capable seule de maintenir le prix naturel des marchandises ; et, en agissant de concert, comme leur intérêt mutuel les y porte, elles peuvent à leur gré en hausser ou en baisser la valeur. En conséquence, le prix des marchandises d'Europe en Amérique est toujours élevé et souvent exorbitant. Un, deux et même trois cents pour cent sont des bénéfices communs dans le commerce d'Espagne avec ses colonies ' . Par une suite du même esprit de monopole, il arrive souvent que les marchands du second ordre, dont les magasins ne sont pas assortis de toutes les marchandises propres au commerce d'Amérique, ne peuvent pas acheter des marchands plus opulents celles qui leur manquent à un prix au-dessous de celui qu'elles ont dans les colonies. Enfin, armés de cette vigilance jalouse que les compagnies exclusives emploient contre les spéculations des commerçants libres, ces monopoleurs trop puissants s'efforcent de renverser les projets de quiconque voudrait courir la même
(i) B. Ulloa , Iïetabliss. part. 11, p. 191.
carrière, et entrer en concurrence avec eux \ Cette limitation du commerce de l'Amérique à un seul port ne l'affecte pas dans l'intérieur seulement; elle resserre encore ses opérations au dehors. Un monopoleur gagne plus et hasarde moins sans contredit dans un trafic limité qui lui offre des profits exorbitants , que dans un commerce étendu qui ne lui rend qu'un bénéfice modéré. Il est souvent de son intérêt de circonscrire la sphère de son activité au lieu de l'agrandir , et il peut tourner toute son attention à donner des bornes aux opérations de l'industrie commerçante, au lieu de la seconder et d'en exciter la vigueur. Il paraît que c'est par quelques maximes semblables que la politique de l'Espagne a réglé son commerce avec l'Amérique. Au lieu d'envoyer dans les colonies les marchandises d'Europe en suffisante quantité pour en rendre le prix et les bénéfices modérés , les négociants de Séville et de Cadix les y répandent avec retenue; de sorte que l'avide concurrence des acheteurs , forcés de se pourvoir dans un marché mal fourni, met leurs commissionnaires en état de faire sur leurs cargaisons des profits exorbitants. Au milieu du dernier siècle , lorsque le commerce exclusif de Séville en Amérique était a son plus haut degré de prospérité, les deux escadres unies des galions et de la flotte ne portaient pas plus de ay,5oo ton-
d) Smith's Inqu ïry , II, r 7 r . Campom. Educ. popul. l,p. 438.
Remèdes