‹ Histoire de l'Amérique (volume 5)Chapitre 4 sur 175 · LIVRE HUITIÈME. I I · texte numérisé non relu

LIVRE HUITIÈME. I I

des particuliers était trop violente pour pouvoir être contenue par le pouvoir des lois. Des aventuriers audacieux et tourmentés du désir de s'enrichir promptement , places à une grande distance du centre de l'autorité , peu accoutumés à la subordination, même dans le service militaire, et encore moins au respect pour l'autorité civile , toujours faible dans une colonie naissante , méprisaient ou éludaient tous les règlements par lesquels on voulait réprimer leurs exactions et leur tyrannie. Le gouvernement espagnol donnait sans cesse de nouveaux édits pour empêcher l'oppression des Indiens. Les colons , comptant sur l'impunité à une si grande distance , continuaient de les considérer et de les traiter comme esclaves. Les gouverneurs eux-mêmes et d'autres officiers employés dans les colonies, souvent aussi indigents et aussi avides que les aventuriers auxquels ils commandaient , étaient trop disposés à adopter les idées fausses que les conquérants avaient prises des Indiens , et ils encourageaient ou toléraient l'oppression au lieu de l'arrêter. Il ne faut donc pas imputer la désolation du Nouveau-Monde à une faute de la cour d'Espagne, ni la considérer comme un effet d'un système de politique qu'elle aurait adopté pour ce pays. Ce fut uniquement l'ouvrage des conquérants et des premiers colons espagnols , qui , par des mesures aussi imprudentes qu'injustes , ont empêché les effets salutaires des

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lois du souverain et déshonoré leur patrie aux yeux de la postérité.

Ni celui de C'est avec plus d'injustice encore que beaucoup d'écrivains ont attribué à l'esprit d'intolérance de la religion catholique romaine la destruction des Américains , et ont accusé les ecclésiastiques espagnols d'avoir excité leurs compatriotes à massacrer ces peuples innocents , comme des idolâtres et des ennemis de Dieu. Les premiers missionnaires de l'Amérique , quoique simples et sans lettres , étaient des hommes pieux. Ils épousèrent de bonne heure la cause des Indiens , et défendirent ce peuple contre les calomnies dont s'efforçaient de le noircir les conquérants qui le représentaient comme incapable de se former jamais à la vie sociale et de comprendre les principes de la religion ? et comme une espèce imparfaite d'hommes que la nature avait marqués du sceau de la servitude. Ce que j'ai dit du zèle constant des missionnaires espagnols pour la défense et la protection du troupeau commis à leurs soins , les montre sous un point de vue digne de leurs fonctions. Ils furent des ministres de paix pour les Indiens , et s'efforcèrent toujours d'arracher la verge de fer des mains de leurs oppresseurs. C'est à leur puissante médiation que les Américains durent tous les règlements qui tendaient à adoucir la rigueur de leur sort. Les Indiens regar* dent encore les ecclésiastiques , tant réguliers que

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