LIVRE HUITIÈME. l
séculiers, dans les établissements espagnols, comme leurs défenseurs naturels, et c'est à eux qu'ils ont recours pour repousser les exactions et les violences auxquelles ils sont trop souvent exposés1.
Mais , nonobstant la dépopulation rapide de l'A- Population
, . -i i • j / i î j actuelle de
merique , il reste encore un nombre considérable des „ A , .
*■ ' 1 Amérique.
naturels , tant au Mexique qu'au Pérou , particulièrement dans les parties qui n'ont pas été exposées à la première furie des armes espagnoles ou désolées par les premières tentatives de leur industrie, plus funestes encore que la guerre. Dans les provinces de Guatimala, deChiapa, de Nicaragua, et dans les autres belles provinces de l'empire du Mexique qui s'étendent le long de la mer du Sud, la race des Indiens est encore très nombreuse. En quelques endroits , ils ont des établissements assez considérables pour mériter le nom de villes 2. Dans les trois audiences qui partagent la Nouvelle-Espagne , il y a au moins deux millions d'Indiens , faible reste à la vérité de son ancienne population , mais qui forme encore un corps de nation plus nombreux que celui de tous les autres habitants de ce vaste pays3. Au Pérou , différents districts , particulièrement dans le royaume de Quito , sont presque entièrement occupés par des Indiens. Dans d'autres provinces les na- , turels sont mêlés avec les Espagnols, s'adonnent aux
(i) Voyez la note 5. (2) Voyez la note 6. (3) Voyez les notes 7 et 8.
l4 HISTOIRE DE l' AMERIQUE.
arts mécaniques et remplissent la plupart des états inférieurs de la société. Comme les habitants du Mexique et du Pérou étaient accoutumés à une résidence fixe et connaissaient quelques arts , il a fallu moins de violence pour les rapprocher un peu de la manière de vivre des Européens. Mais partout où les Espagnols ont trouvé, en s'établissant, des tribus sauvages , leurs tentatives , pour les civiliser et pour les incorporer à eux , ont été sans succès et souvent funestes aux Indiens. Ceux-ci ne pouvant se soumettre à aucune contrainte, et dédaignant le travail comme un caractère de servitude, abandonnaient leurs anciennes habitations , et cherchaient l'indépendance dans des montagnes et des forêts inaccessibles à leurs oppresseurs , ou périssaient lorsqu'ils étaient réduits à un état qui contrariait leurs idées et leurs habitudes. Dans les districts voisins de Carthagène , de Panama et de Buenos- Ayres, la dépopulation a été plus générale que dans les parties du Mexique et du Pérou dont les Espagnols se sont rendus plus absolument les maîtres.
Idée gêné- L'établissement des Espagnols dans le Nouveaura e e a - jy^jg quoique si funeste à ses anciens habitants,
mimstration 7 n ^i
des colonies avait été fait dans un temps ou cette nation pouvait
espagnoles. le ren^re tres avantageux. Par l'union de tous les
petits royaumes qui la partageaient, l'Espagne était
devenue un état puissant , ayant toutes les ressources
nécessaires pour exécuter une si grande entreprise.