LIVRE HUITIÈME. gi
l'activité des interlopes particuliers, faisaient passer presque tout le commerce de l'Amérique espagnole dans des mains étrangères. Le commerce immense des galions , dont l'Espagne était si fière et qu'en- 1737 viaient les autres nations, s'anéantit, et la flotte ellemême , réduite de quinze mille à deux mille tonneaux ', ne servait presque plus qu'à apporter en Europe les revenus du roi, formés du quint des mines.
L'Espagne, frappée de ces usurpations et vive- Gardes-côtes ment touchée de leurs pernicieux effets , ne pouvait emPloy^s àcet manquer de faire quelques efforts pour les réprimer. Son premier expédient fut de porter, sous le nom de G ar des- Côtes , des vaisseaux armés sur les cotes des provinces les plus fréquemment visitées par les interlopes. Comme l'intérêt particulier et le devoir contribuaient à rendre les officiers de ces vaisseaux actifs et vigilants, les progrès du commerce de contrebande diminuèrent ; cependant il était impossible d'établir un nombre de croisières suffisant pour garder une étendue de cote si considérable et si accessible du coté de la mer. La perte d'une communication qui s'était établie avec tant de facilité que les négociants des colonies anglaises s'étaient pour ainsi dire accoutumés à la regarder comme une branche de commerce avouée et légitime , excita des réclamations et des plaintes , qui , justifiées ensuite et devenues en quelque sorte in-
(i) Alcedo y Herrera, p. 35y. Campomanes , 1 , 436,
téressantes par des actes de violence inexcusables de lapart des capitaines des gardes-cotes espagnols , engagèrent l'Angleterre dans une guerre avec l'Espagne, au moyen de laquelle cette dernière puissance se débarrassa enfin de Y assiento , et demeura libre de régler le commerce de ses colonies , sans être gênée par aucun engagement avec une puissance étrangère \ L'usage des Les Espagnols avaient découvert "toute l'étendue vaisseaux e je ja consommation des marchandises d'Europe
registre est # *
introduit. dans leurs colonies, par la grandeur même du commerce interlope que les Anglais y faisaient; dès lors persuadés qu'il leur était avantageux de proportionner leurs importations aux demandes des différentes provinces, ils conçurent la nécessité d'approvisionner leurs colonies d'une autre manière que celle qu'ils avaient employée jusque là et qui consistait à n'y envoyer d'Europe qu'à des époques fixes et périodiques. On avait reconnu que nonseulement cet ancien mode de communication était incertain par les délais que divers accidents apportaient quelquefois au départ des galions et de la flotte, et souvent par les obstacles qu'y opposaient les guerres allumées en Europe, mais qu'il n'était pas même propre à subvenir, régulièrement et dans les temps convenables, aux besoins de l'Amérique. Souvent les marchandises d'Europe étaient d'une rareté exces-
(r) Voyez la note 41-