‹ Histoire de l'Amérique (volume 5)Chapitre 44 sur 175 · LIVRE HUITIÈME. Ç · texte numérisé non relu

LIVRE HUITIÈME. Ç

sive dans les établissements espagnols; le prix en devenait énorme ; l'œil vigilant et attentif du marchand ne manquait pas d'observer cette occasion favorable ; les interlopesy portaient d'amples cargaisons des îles anglaises , françaises et hollandaises ; et lorsque les galions arrivaient enfin , la contrebande avait tellement rempli les marchés, qu'on n'avait plus besoin des marchandises qui formaient leurs cargaisons. Pour remédier à cet inconvénient , l'Espagne permit qu'une partie considérable du commerce de l'Amérique fût faite par des vaisseaux de registre. Ces vaisseaux sont expédiés par des marchands de Séville ou de Cadix , dans l'intervalle des saisons fixées pour le départ des galions et de la flotte ; il leur faut une permission du conseil des Indes qui s'achète chèrement. Ils sont destinés pour les ports ou l'on prévoit que les besoins doivent être plus pressants. Par ce moyen, le marché d'Amérique a été si régulièrement alimenté de marchandises nouvelles , que l'interlope ne fut plus attiré par le même espoir de gains successifs, et que les habitants des colonies ne furent plus excités par les mêmes besoins à courir les chances hasardeuses d'un commerce de contrebande.

A mesure que l'expérience développait les avan- Les galions tages de cette manière de commerce , le nombre son suppri" des vaisseaux de registre augmentait, et enfin les galions, après avoir été employés pendant plus de

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deux siècles, furent définitivement supprimés en 1748. Depuis cette époque, tout le commerce du Chili et du Pérou s'est fait par des vaisseaux particuliers expédiés de temps en temps , selon que les circonstances l'exigent, et lorsque les négociants prévoient la promptitude et la facilité du débit. Ils doublent le cap Horn, et portent directement dans les ports de la mer du Sud les productions du sol et des manufactures d'Europe , que les peuples de ces contrées étaient obligés d'aller précédemment chercher à Porto-Bello ou à Panama. Ces villes, privées de ce commerce auquel elles devaient leur existence, déchoiront insensiblement comme on l'a déjà observé. Ce désavantage, quel qu'il soit, est plus que compensé par la régularité et l'abondance avec lesquelles tout le continent de l'Amérique méridionale est aujourd'hui pourvu des marchandises d'Europe; ce qui doit contribuer sensiblement à la prospérité de ses colonies. Mais comme tous les vaisseaux de registre destinés pour la mer du Sud sont toujours obligés de partir du port de Cadix et d'y revenir ' , cette branche de commerce de l'Amérique, même sous sa forme nouvelle et perfectionnée, demeure soumise aux entraves d'une espèce de monopole , dont elle éprouve encore toutes les suites funestes que nous avons déjà décrites.

(r) Campomanes, I, 434 , 440.

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