LIVRE HUITIÈME
sieurs règlements salutaires, sagement prévus, et propres à la contenir dans ses opérations et à prévenir les mauvais effets qu'elle pourrait avoir. Les planteurs de Caraccas ne dépendent pas entièrement de la compagnie, ni pour l'importation des marchandises d'Europe , ni pour la vente de leurs propres productions. Les habitants des Canaries ont le privilège d'y envoyer tous les ans un vaisseau de registre d'une charge considérable; et Vera- Cruz , dans la Nouvelle-Espagne, peut faire librement le commerce de tous les ports compris dans la charte de la compagnie. En conséquence, la concurrence y est telle , que , soit pour ce que les colonies vendent, soit pour ce qu'elles achètent, tout paraît être porté à son taux naturel. La compagnie ne peut ni augmenter l'un, ni diminuer l'autre à son gré ; aussi , depuis qu'elle est établie , les progrès de la culture, de la population et des capitaux de la province de Caraccas , ont été très considérables1.
Mais comme il est rare qu'une nation renonce à Lesidéessur
.\ r i 1 le commerce
un système consacre par le temps, ou que le com- ,
J L . s agrandissent
merce quitte la route qu'une longue habitude lui a en Espagne. rendue familière , Philippe Y, dans ses nouveaux règlements sur le commerce d'Amérique , eut une telle déférence pour l'ancienne maxime de l'Espagne , qui borne à un seul port toutes les importa-
(r) Voyez la note 42.
tions du Nouveau-Monde, qu'il obligea les vaisseaux de registre qui reviennent du Pérou, et ceux de la compagnie de Guipuscoa, à leur retour de Caraccas, h décharger à Cadix. Depuis son règne, des vues plus étendues se sont répandues en Espagne. L'esprit philosophique , que ce siècle a la gloire d'avoir vu passer des spéculations frivoles et abstraites à des recherches plus importantes pour l'homme, a porté son influence au-delà des Pyrénées. D'habiles écrivains, en examinant la politique ou le commerce des nations, ont rendu sensibles les erreurs et les vices du système de l'Espagne dans ces deux parties du gouvernement ; ils ont relevé avec force les fautes des Espagnols, et les ont montrées aux autres nations comme des exemples effrayants des erreurs de la politique. Honteux des reproches de ces auteurs , ou convaincus par leurs arguments , instruits même par des écrivains éclairés de leur propre nation , les Espagnols paraissent enfin avoir reconnu l'influence destructive de ces maximes étroites qui , enchaînant le commerce dans ses opérations, ont si long-temps retardé ses progrès. C'est au monarque actuellement régnant (Charles III) que l'Espagne est redevable du premier règlement conforme à ces idées nouvelles.
Établisse- Tant que l'Espagne demeura rigoureusement at-
îïient de pa- . 1 > y
; tachée a ses anciennes maximes pour son commerce
quebots regu- *
licrs. avec l'Amérique, elle craignait si fort d'ouvrir une