‹ Histoire de l'Amérique (volume 5)Chapitre 48 sur 175 · LIVRE HUITIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE HUITIÈME

de la douane du lieu d'où ils partiraient. Il les déchargea de cette foule de droits onéreux établis sur les marchandises exportées en Amérique, en y substituant un droit modéré de six pour cent sur les marchandises portées d'Espagne ; il leur laissa le choix du port où ils croiraient à leur retour trouver la vente la plus avantageuse , pour y décharger leur cargaison en payant les droits ordinaires. Cet ample privilège , qui renversa enfin toutes les barrières dont la politique jalouse de l'Espagne s'était efforcée pendant deux siècles et demi d'environner son commerce avec le Nouveau-Monde, fut bientôt après étendu à la Louisiane et aux provinces de Yucatan et de Campêche \

La sagesse de cette innovation, qu'on peut re- Ses lieu^ux garder comme le plus noble effort de la législation espagnole, s'est manifestée par ses effets. Avant l'édit en faveur de la liberté du commerce , l'Espagne tirait à peine quelque bénéfice de ses colonies négligées, de l'Espagnola, Saint-Domingue, Porto-Rico, la Marguerite et la Trinité. Son commerce avec Cuba était peu de chose , et celui de Yucatan et de Campêche était presque entièrement envahi par les interlopes. Mais, dès qu'une liberté générale de commerce fut accordée , celui de ces provinces se ranima, et il s'est accru avec une rapidité dont il y a peu d'exemples dans l'histoire des nations. En moins de

(i) Append. II, à la Educ. pop. 37, 54-91.

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dix ans le commerce de Cuba s'est plus que triplé. Dans les établissements même où il fallait les plus grands efforts pour réveiller l'industrie languissante, le commerce a doublé. On compte que le nombre des vaisseaux employés dans le commerce libre est déjà si considérable, que leur charge excède celle des galions et de la flotte dans l'époque la plus heureuse de leur commerce. Les avantages de cette disposition ne sont pas concentrés entre les mains de quelques marchands établis dans un port privilégié; ils se répandent dans toutes les provinces du royaume, et ce nouveau débouché pour les productions encouragera inévitablement l'industrie des cultivateurs et des artisans. Le royaume ne gagne pas seulement sur ses exportations; il profite également sur ce qu'il reçoit en retour, et il a la perspective d'être bientôt en état de se fournir luimême plusieurs articles d'une vaste consommation, pour lesquels il dépendait auparavant des étrangers. La consommation du sucre est peut-être aussi considérable en Espagne, eu égard au nombre de ses habitants, qu'en aucun royaume de l'Europe. Cependant, quoique maîtresse des contrées du Nouveau-Monde dont le climat et le sol conviennent le mieux à la canne à sucre ; quoique la culture de cette plante précieuse eût été autrefois considérable dans le royaume de Grenade; telle a été la suite funeste de ses institutions en Amérique , et le

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