‹ Histoire de l'Amérique (volume 5)Chapitre 49 sur 175 · LIVRE HUITIÈME. I o · texte numérisé non relu

LIVRE HUITIÈME. I o

poids des taxes mises en Europe sur cette denrée, que l'Espagne a presque entièrement perdu cette branche d'industrie qui a enrichi d'autres nations. Les Espagnols étaient obligés d'acheter des étrangers cette marchandise devenue un objet de première nécessité en Europe , et ils avaient le désagrément de se voir tous les ans dépouillés de sommes immenses pour ce seul article '. Mais si l'esprit national, ranimé par la liberté du commerce, persévère dans ses efforts avec la même vigueur, la culture du sucre à Cuba et à Porto-Rico peut augmenter au point d'être en peu d'années proportionnée aux besoins du royaume.

L'Espagne , instruite par l'expérience de tout ce Liberté du

commerce en-

qu'elle gagnait en se relâchant de la rigueur des tre ]es colo anciennes lois relatives au commerce de la métro- nies. pôle avec ses colonies, crut devoir ouvrir entre elles une communication libre. Par une suite des maximes jalouses de l'ancien système, toute correspondance entre les différentes provinces situées dans les mers du Sud était défendue sous les peines les plus sévères. Quoique chacune d'elles eût des productions particulières dont l'échange réciproque eût ajouté à leurs jouissances mutuelles, et peut-être facilité les progrès de leur industrie, le conseil des Indes désirait si fort qu'elles ne pourvussent à leurs besoins que par le moyen des flottes

(t) Ustariz , cap. 94.

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annuelles de l'Europe, que, pour être en sûreté sur ce point, il interdit par des lois cruelles et tyranniques aux Espagnols du Pérou, de la Nouvelle- Espagne , de Guatimala et du nouveau royaume de Grenade, une correspondance entre eux qui tendait manifestement à leur prospérité mutuelle. De toute cette foule de prohibitions imaginées en Espagne pour assurer le commerce exclusif de ses établissements d'Amérique, il n'y en a peut-être aucune de plus injuste, aucune qui paraisse avoir été plus vivement sentie ou qui ait produit des effets plus funestes. Cette mesure tyrannique , dont l'origine remonte aux premiers établissements des Espagnols en Amérique, a cessé enfin. Charles III a publié, en 1774? un édit, par lequel il accorde aux quatre grandes provinces dont je viens de parler le privilège de commercer librement entre elles'. On ne peut encore apprécier par l'expérience quels seront les effets de cette communication ouverte entre des contrées destinées par leur situation à un commerce réciproque; mais ces effets ne peuvent manquer d'être très salutaires. Les motifs de cette concession ne sont pas moins louables que le principe sur lequel elle est fondée est juste. Ils font connaître les progrès qu'a faits en Espagne l'esprit public, bien supérieur aujourd'hui à ces préjugés

(1) Real cedula, manuscrit entre les mains de l'auteur. Pons, Viag. de Espana, VI, prologo, p. 2. Voyez la note 43.

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