LIVRE HUITIÈME. l
Ses souverains avaient étendu leur prérogative beaucoup au-delà des limites qui circonscrivaient autrefois le pouvoir des monarques dans tous les autres royaumes de l'Europe. Ils étaient à peine soumis à un contrôle , soit pour concerter, soit pour exécuter les mesures qu'ils jugeaient convenables. Dans tout état d'une grande étendue , la forme du gouvernement doit être simple et l'autorité du souverain absolue ? afin que ses résolutions puissent être prises avec célérité et s'exécuter dans tout l'empire sans rien perdre de leur force. Tel était le pouvoir des monarques espagnols , lorsqu'ils eurent à délibérer sur le mode à adopter pour le gouvernement de ces provinces du Nouveau -Monde, plus éloignées du centre de l'autorité qu'aucune de celles que des puissances européennes eussent jamais soumises. Ils n'étaient gênés en aucune manière par la constitution de leurs états d'Europe ; ils étaient maîtres d'adopter tous les plans qu'ils jugeraient convenables, et pouvaient fixer le gouvernement de ces nouvelles colonies par des édits qui étaient autant d'exercices de la prérogative royale la plus illimitée.
Une circonstance qui distingue les colonies des L'autorité
Espagnols en Amérique de celles des autres nations royale s'e,n , est occupée
européennes , c est que le gouvernement s'est oc- de très bonne cupé de très bonne heure de leur administration et lieurede leur commerce. Lorsque les Portugais, les Français et les Anglais ont pris possession des régions
qu'ils occupent aujourd'hui en Amérique, les avantages qu'ils espéraient en tirer étaient si éloignés et si incertains qu'on laissa les premiers aventuriers et les premiers colons lutter, presque sans aucun secours de la métropole , contre toutes les difficultés qui traversent la formation d'une colonie dans sa naissance. Mais l'or et l'argent, les premières productions des établissements espagnols dans le Nouveau-Monde , séduisirent les souverains et attirèrent promptement leur attention. Après avoir faiblement contribué à la découverte et très peu à la conquête du Nouveau-Monde , ils y exercèrent sur-le-champ les fonctions de législateurs; et, ayant acquis cette espèce de domaine, inconnu jusque là parmi les nations, ils l'exercèrent d'après un système dont l'histoire ne nous fournit aucun autre exemple. Toute auto- La maxime fondamentale de la jurisprudence ese! ,toule pagnoie en ce qui concerne l'Amérique, est que
propriété ter- r ° *■ l ' l
ritoriale aP- tout ce qui a été acquis dans ce pays appartient à partiennent à ja couronne et non à l'état ou à la nation. La bulle
la couronne. , - ,
d Alexandre VI , qui est comme la grande charte sur laquelle l'Espagne fonde ses droits, a donné en pur don à Isabelle et Ferdinand toutes les contrées qui ont été ou seront découvertes. Ces princes et leurs successeurs se sont regardés constamment comme propriétaires absolus des vastes territoires conquis dans le Nouveau-Monde par la valeur de leurs sujets. Toute possession n'est qu'une conces-