LIVRE HUITIEME. I I I
cluctions de l'industrie espagnole actuelle à celles qu'on a vues sous les derniers rois de la maison d'Autriche, les progrès de l'Espagne paraîtront considérables , et suffiront pour alarmer la jalousie et exciter les efforts des nations aujourd'hui en possession du commerce lucratif que les Espagnols cherchent à leur enlever. Une circonstance surtout doit contribuer à fixer l'attention des autres puissances de l'Europe sur ces, opérations de l'Espagne , c'est qu'elles ne sont pas seulement le fruit de la sagesse de la cour et de ses ministres; l'esprit national semble seconder la prévoyance du monarque et en augmenter les effets. Les idées de la nation se sont agrandies , non-seulement sur le commerce , mais encore sur l'administration intérieure. Tous les auteurs espagnols récents reconnaissent dans ces deux branches du gouvernement les vices que leurs ancêtres n'ont pas avoués par orgueil , ou n'ont pas aperçus par ignorance , et ils proposent les remèdes à appliquer1. Mais, après tout ce que les Espagnols ont fait, il leur reste encore beaucoup à faire. Avant que l'industrie et les manufactures recouvrent une certaine activité , il faut abolir beaucoup de mauvaises institutions , beaucoup d'abus que le temps et l'habitude ont profondément enracinés, et, pour ainsi dire, incorporés avec le système d'administration et de finance.
(0 Voyez la noie 45.
Commerce Les règlements du commerce de l'Espagne avec de contre- ses coloraes sont tr0p rigoureux encore et trop systématiques pour avoir une parfaite exécution. La législation , en chargeant le commerce d'impôts trop onéreux , ou en le gênant par des restrictions trop sévères, manque son but; et dans la réalité elle ne fait que multiplier les appâts offerts à la contravention, et donner au commerce frauduleux l'encouragement d'un gain plus considérable. Les Espagnols, soit en Europe, soit en Amérique, circonscrits dans le commerce qu'ils font entre eux par la jalousie du gouvernement, ou opprimés par ses exactions , sont continuellement occupés à trouver les moyens d'éluder les édits ; la sagacité et l'activité de l'intérêt leur en inspirent sans cesse de nouveaux et d'efficaces que la prudence du gouvernement ne peut prévoir et que toute sa puissance ne peut prévenir. Cet esprit d'opposition aux lois pénètre dans toutes les branches du commerce de l'Espagne avec l'Amérique , et dans toutes les parties de l'administration. Les officiers même destinés à réprimer la contrebande sont les premiers à la favoriser ; et les institutions consacrées à la dénoncer et à lapunir sont les canaux par où elle passe. On suppose que les divers artifices employés pour frauder le roi le privent de plus de la moitié du revenu qu'il devrait tirer de l'Amérique1 ; et tant qu'il
(r) Solorz. de Ind. Jure, 2, lib. V.