‹ Histoire de l'Amérique (volume 5)Chapitre 54 sur 175 · LIVRE HUITIÈME. I l · texte numérisé non relu

LIVRE HUITIÈME. I l

y aura un si grand nombre de personnes intéressées à tenir ces artifices secrets, la connaissance n'en parviendra jamais jusqu'au trône. « Combien d'or- « donnances, dit Corita, combien d'instructions, « combien de lettres notre souverain n'envoie-t-il « pas pour corriger les abus , et combien on en fait « peu de cas ! combien on en tire peu de fruit ! Cette « vieille maxime me paraît juste : là où il y a beauce coup de médecins et de remèdes, il n'y a pas de « santé • là où il y a beaucoup de lois et déjuges, il « n'y a pas de justice. Nous avons des vice-rois, des « présidents, des gouverneurs, des oydors, des corce régidors , des alcades et des milliers d'alguasils « de tous cotés , et malgré cela les abus continuent « de se multiplier '. » Le temps a augmenté les maux que cet écrivain déplorait déjà sous le règne de Philippe II. Un esprit de corruption a infecté toutes les colonies de l'Espagne en Amérique. Des hommes , placés à une distance considérable du centre de l'administration , avides de richesses , et d'autant plus impatients de les acquérir qu'elles sont un moyen de les tirer promptement des provinces éloignées et malsaines où ils se regardent comme exilés, attirés par des occasions séduisantes et irrésistibles, entraînés enfin par l'exemple de ceux qui les environnent, se relâchent insensiblement des sentiments de l'honneur et du devoir. Dans la vie privée, ils

(i) Manuscrit entre les mains de l'auteur.

I \l\ HISTOIRE DE L'AMÉRIQUE.

se livrent h la plus grande dissolution; tandis que

dans leur conduite publique ils oublient ce qu'ils

doivent à leur souverain et à leur patrie.

Commerce Avant de finir ce tableau du commerce de l'Espa-

entre la ou- e en Amérique [\ me reste à parler d'une de

velle-Lspagne ° * 7 *

et les Philip- ses branches \ qui , quoique détachée , est de quelpmes. qyg importance. Philippe II , dès le commencement

de son règne, forma le projet d'établir une colonie dans les îles Philippines , qu'on avait négligées dei 564 puis leur découverte; et il y envoya un armement de la Nouvelle-Espagne '. On choisit Manille , dans l'île de Luçon, pour la capitale de cet établissement. Il s'établit de là une correspondance de commerce active avec les Chinois , et ce peuple industrieux, attiré par l'espoir du gain , vint en foule peupler les Philippines sous la protection de l'Espagne. Ils apportèrent dans la colonie une si grande quantité de toutes les espèces de productions du sol et des manufactures de l'orient , qu'elle fut en état d'ouvrir un commerce avec l'Amérique, par une navigation d'une terre à une autre terre, la plus étendue qui se fasse sur le globe. Dans l'enfance de ce commerce ? il se faisait par Callao sur la cote du Pérou; mais l'expérience ayant fait apercevoir plusieurs inconvénients à suivre cette route, l'entrepôt de ce commerce entre l'orient et l'occident fut transporté de Callao à Acapulco , sur la côte de la Nouvelle-Espagne.

(i) Torquemada , I, lib. V, cap. i4-

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