LIVRE HUITIÈME. I I
Après avoir subi plusieurs changements , il a reçu enfin une forme régulière. Tous les ans il part d'Acapulco un ou deux vaisseaux qui peuvent porter jusqu'à cinq cent mille pesos d'argent1, mais qui ont rarement à bord d'autres objets de quelque valeur. Ils rapportent en échange des épices , des drogues, des porcelaines de la Chine et du Japon, des toiles de coton et d'autres toiles des Indes , des mousselines, des soieries et tous les divers objets précieux que l'orient produit , et qu'il doit à l'excellence de son climat ou à l'industrie de ses habitants. Pendant quelque temps les négociants du Pérou furent admis à participer à ce commerce , et purent envoyer tous les ans un vaisseau à Acapulco , pour y attendre l'arrivée de ceux de Manille, et prendre une portion des marchandises qu'ils importaient. A la fin les Péruviens ont été exclus par les édits les plus rigoureux, et toutes les marchandises de l'orient sont réservées pour la consommation de la Nouvelle-Espagne.
Ce privilège procure aux habitants de cette contrée des avantages inconnus aux autres colonies espagnoles. Les objets manufacturés de l'orient sont non-seulement mieux appropriés à un climat chaud, et plus éclatants que ceux de l'Europe ; ils ont encore l'avantage d'être moins chers; en même temps les profits qu'on y fait sont si considérables
(i) Recop. lib. IX, cap. 45 , /. 6.
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qu'ils enrichissent tous ceux qui les transportent de Manille ou qui les vendent dans la Nouvelle-Espagne. Comme l'intérêt de l'acheteur et du vendeur concourt en faveur de cette branche de commerce, il s'étend en dépit des règlements imaginés par une inquiète jalousie pour lui donner des bornes. Avec les marchandises dont les lois autorisent l'importation, il passe une immense quantité de celles de l'Inde dans les marchés de la Nouvelle-Espagne 1 , et lorsque la flotte arrive à la Yera - Cruz , elle trouve souvent les besoins du peuple déjà satisfaits par des marchandises mieux assorties et à meilleur compte.
Dans les arrangements commerciaux de l'Espagne , il n'y a rien de plus inexplicable que la tolérance de ce commerce entre la Nouvelle-Espagne et les Philippines , rien qui répugne davantage à la maxime fondamentale de tenir les colonies dans une perpétuelle dépendance de la métropole , en prohibant toute espèce de moyen de commercer qui pourrait leur inspirer l'idée de suppléer à leurs besoins par une autre voie. Cette permission paraîtra encore plus extraordinaire si l'on considère que l'Espagne n'a point elle-même de commerce direct avec les Philippines , et qu'ainsi elle accorde à une de ses colonies en Amérique un privilège qu'elle refuse à ses sujets en Europe. Il est probable que
(i) Voyez la note 46.