‹ Histoire de l'Amérique (volume 5)Chapitre 56 sur 175 · LIVRE HUITIÈME. 1 I y · texte numérisé non relu

LIVRE HUITIÈME. 1 I y

les colons qui peuplèrent d'abord les Philippines, ayant été envoyés delà Nouvelle-Espagne , entreprirent ce commerce avec une contrée qu'ils regardaient en quelque sorte comme leur mère-patrie ? avant que la cour de Madrid en connût les conséquences ou pût l'empêcher par des règlements. On a fait plusieurs remontrances contre ce commerce, comme préjudiciable à l'Espagne , en ce qu'il porte dans un autre canal une grande partie des richesses qui devraient circuler dans le royaume ; en ce qu'il tend à nourrir dans les colonies un esprit d'indépendance , et à encourager des fraudes multipliées dont il est impossible de se garantir dans des opérations qui s'exécutent si loin de l'inspection du gouvernement. Mais, comme il faut toute la sagesse et toute la vigueur de la politique pour abolir une pratique appuyée de l'intérêt d'un grand nombre d'individus , autorisée et consacrée par le temps , le commerce entre Acapulco et Manille semble être toujours aussi actif qu'il l'ait jamais été, et peut être regardé comme la principale cause du luxe qui règne dans cette partie des domaines espagnols.

Malgré cette corruption générale des colonies, Revenu pumalgré toutes les diminutions qu'apportent au re- ri venu des rois d'Espagne et le commerce interlope des étrangers , et les fraudes mêmes de leurs propres sujets, ils n'en tirent pas moins des sommes immenses de leurs domaines en Amérique. Elles îv. 8

I I 8 HISTOIRE DE l'âMÉRIQUE.

sont le produit de différentes impositions qu'on peut diviser en trois classes principales. La première renferme ce qu'on paie au roi, comme souverain ou seigneur suzerain du Nouveau-Monde. Tels sont les droits sur l'or et l'argent extraits des mines , et le tribut levé sur les Indiens; les Espagnols appellent le premier ? droit de seigneurie 9 et le second, droit de vassalité. La seconde comprend cette foule de droits sur le commerce, qui le suivent et l'oppriment dans tous les canaux par où il passe, depuis les grandes entreprises du négociant en gros jusqu'au plus petit trafic du marchand en détail. La troisième est composée de ce qui revient au roi comme chef de l'Église et administrateur des fonds ecclésiastiques dans le Nouveau-Monde : en conséquence il reçoit les prémices , les annates et d'autres revenus attribués à l'Eglise et levés par la chambre apostolique en Europe ; il jouit aussi du bénéfice de la vente de la bulle de la croisade. Cette bulle , publiée tous les deux ans , renferme une absolution pour les fautes passées , et , entre autres privilèges , la permission de faire gras pendant le carême et aux jours maigres. Les moines , employés à la distribution de cette bulle, exaltent sa vertu avec toute la ferveur de l'éloquence animée par l'intérêt ; le peuple ignorant et crédule y croit aveuglément , et tout habitant , espagnol , créole ou métis , s'empresse d'acheter , au prix fixé par le gou-

Page 1